mercredi 5 septembre 2018

Repartir...

Il y a trois mois j'écrivais :

"Hasta pronto, america del sur..." 
Ça ne peut pas être un adieu.

Et boum, m'y revoilà.

C'était d'une telle évidence ! En posant les pieds sur la terre natale je savais déjà ; même si mon habitude des imprévus retenait l'affirmation définitive, je sentais bien l'envie de repartir, de revenir, comme un appel sourd au fond du cœur. L'été a filé, comme un battement de cils. Doux au démarrage, intensément vivant au milieu, et presque trop chargé sur la fin, imposant l'importance de faire des choix, enseignant la parfaite imperfection des choses. Déjà, j'étais de nouveau assise dans un avion. Le sourire aux lèvres, le cœur léger, sereine, confiante. 


Pourquoi repartir ?
...
Pourquoi rester ?
...

Ce qui peut sembler étrange à d'autres me paraît évident à moi. Les normes se sont inversées, quelque part, entre deux voyages. Rester, m'installer, construire une bulle stable et sécuritaire... Pourquoi pas ? Ça n'a rien de mauvais, en soi, bien sur, ça a du sens, alors pourquoi pas ?... Parce que mon cœur ne dit pas oui à cette idée. C'est aussi simple que ça ! Pour moi, aujourd'hui, ce qui tombe sous le sens, ce qui est normal, c'est simplement que chacun s'autorise à vivre comme il le veut. Pas comme on est sensés le faire. Pas en étant dirigés par les peurs basées sur des "et si". Pas en écoutant aveuglément les autres. Juste en s'écoutant, soi. C'est pas forcément facile tous les jours... Parfois ce qu'on veut vraiment va à l'encontre de la raison, à l'opposé de la logique. Parfois ça fait peur. Parfois ça coupe de certaines choses. Parfois c'est flou, parfois on se trompe. Mais à force d'essayer, je crois que ça devient de plus en plus évident. Peut-être qu'un jour j'aurais envie de rester quelque part, de me sédentariser sans penser à repartir... Qui sait ? Si ça arrive, tant mieux. Si ça n'arrive pas, tant mieux. Dans tous les cas, tant que je m'écoute, je serais heureuse.

Dans l'avion qui traverse l'atlantique, j'ai la certitude profonde que tout est parfait.

Une escale à Montréal, occasion saisie pour visiter des amis, offre une parenthèse hors du temps. Déjà partie, pas tout à fait arrivée... Où plutôt, c'est comme un flot qui ne s'est jamais arrêté de couler, un voyage qui ne s'est pas vraiment terminé, une simple page tournée, plutôt qu'un nouveau livre ouvert. Ça semble naturel, évident. La sympathie des québécois encourage vivement la bonne humeur, accueillie par des "salut, ça va ?" dans les magasins et café, ça met du baume sur mon cœur de française agacée par le vouvoiement à chaque retour au pays. Six jours filent en un éclair, juste le temps de me donner envie de revenir, à la prochaine occasion.

Dans l'avion qui vole vers le sud, je repousse les pensées qui voudraient me tirer en avant. Questions, doutes, hâte, appréhensions, curiosité, suppositions... Toutes ces pensées naissent des besoins de sécurité, de confort, d'être rassurée, et de la peur de l'inconnu... Elles sont bien naturelles, mais ne m'apportent rien de bon. Elles ne font que remplir mon esprit d'un flot de paroles teintées de sentiments basés sur des suppositions, et non sur la réalité. Alors, à quoi bon ? Gentiment, je les repousse. À Lima, à 23h, une douanière tamponne mon passeport en griffonnant le chiffre 30... 30 jours... Parce que j'ai déjà passé tant de temps dans au Pérou, elle ne peut me donner d'avantage... Voilà une pensée qui ne m'était pas venue à l'esprit... Mais bien vite, je la repousse aussi. À quoi bon ? Ici il suffit de payer 1$ par jour de dépassement de visa ; et puisque mon futur proche n'est pas gravé dans le marbre, tout reste possible.
   

La nuit s'efface sous les néons de l'aéroport, à 6h je m'envole à nouveau.
Une heure plus tard, je m'éveille avec la vue des montagnes andines qui s'étirent au-delà de l'horizon.
Trente minutes plus tard, je récupère mon sac en frissonnant de froid.

Boum, me revoilà à Cusco.
Boum...

À tant repousser les pensées tirant vers l'avant, me voilà propulsée dans le moment présent.
Pleinement consciente d'être ici.
Le cœur et la tête soudainement en ébullition. 


Un taxi m'emmène vers l'hôtel réservé pour deux nuits, et les souvenirs défilent par la fenêtre.
Tout me revient, en émotions frappantes.

Mes pas vont au hasard dans la ville déjà tant arpentée.
Assise sur un banc, mes yeux se posent sur un quotidien aux airs familiers.
En échangeant quelques mots avec des rencontres de passage, l'espagnol revient bien vite à mon esprit.
Tout semble naturel...
Et pourtant si étrange.

Je ne peux pas être revenue.
C'est impossible.
Ce n'est pas tant une question de géographie, que de mouvement intérieur.
Je ne peux pas revenir à ce que j'ai connu, parce que le "je" d'alors n'existe plus.
Parce que, même si le lieu n'a pas changé, je ne suis plus la même.
Et ça fait toute la différence...

1 commentaire:

  1. Hé, je l'avais pas vu celui-là ! Ce samedi normalement Dwam prend en photo ma baleine, je t'enverrai ça ;)

    Des bisous :

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