vendredi 25 mai 2018

Des Andes au Pacifique.

En retournant dans la maison de Lamay, c'est comme si je bouclais une étape, ouverte 8 mois plus tôt en y mettant les pieds pour la première fois. Une semaine m'a semblé bien trop courte. J'ai eu le temps de constater encore l'évolution en moi, comme un allègement, une libération, une révélation ?... J'ai bien senti, à nouveau, le plaisir d'aider, l'importance que ça a pour mon propre bien-être. J'ai bien compris combien je peux être sensible à l'environnement qui m'entoure, à quel point il influence mon bonheur ; le lieu, les gens, les échanges, les résonances... J'ai bien vu tout ça. J'ai aimé. J'ai souri à pleine dents, j'ai ri la bouche grande ouverte. J'ai observé, profité, me suis plongée dans l'instant sans aucun regard pour hier ou demain.

Et puis on est partis.


Il fallait bien que ce moment arrive.
"I will come back !"
...
Qui peut le savoir ? Mais ces mots sortant de ma bouche sont empreints d'une certitude qui semble vouloir défier l'avenir. Comme si les prononcer pouvait les rendre plus vrais, plus sûrs. Quand je le dis, je reviendrais, je le veux, sans aucun doute possible. J'en suis sure, même, faisant taire la petite voix qui souffle que c'est impossible de le savoir. C'est plus facile comme ça. Me persuader que je reviendrais, ça atténue le mal au cœur.

Dans le bus qui m'éloigne de la vallée sacrée, les pensées s'étirent vers tout ce que je quitte, comme si elles pouvaient m'y retenir à l'infini. Comme si je ne voulais pas vraiment partir. Ça passera... Ça fini toujours par passer... Ça va si vite...

Déjà, nous voilà à Paracas, au bord de la mer.
En une nuit, on a roulé des montagnes andines au rivage de l'océan pacifique.
La petite ville a des airs de station balnéaire, le dépaysement est déroutant.
Et la fatigue m'assomme.
Mais tout va bien, aucune difficulté en vue, l'hébergement était prévu et même d'avantage...


Ici sont vantées deux attractions aux visiteurs qui ne s'attardent souvent pas plus de 48 heures : une sortie en mer vers les îles Ballestas (appelées aussi "Galapagos des pauvres", on y fera l'impasse après avoir entendu dire que les bateaux sont bien trop peu respectueux de la faune marine), et la réserve nationale qui peut se visiter en quelques heures dans une foule trop nombreuse (où l'on hésite encore à aller, entre envie de voir un bout de nature et dégoût des tours organisés). 

Nous, ce qui nous a attiré ici, c'est l'idée de s'envoyer en l'air...


Les recherches ayant été faites en amont, en arrivant on a juste eu à trouver l'agence d'une des deux compagnies repérées, et s'accorder sur l'heure de rendez-vous pour le lendemain. Je crois que j'avais besoin de faire quelque chose de fort pour tourner la page...

On a survolé le désert, portés par les courants d'air.
En dix minutes les pieds ont retrouvé la terre.
Si vite...

(Est-ce que j'ai déjà trop vécu, pour ne pas pouvoir ressentir l'immensité ?)


En une heure, déjà, les dunes rapetissaient derrière nous...

"Do you have plans now ?
- No...
- I have a plan !"
Est-ce que le patron imprévisible de la petite agence de deltaplane, après nous avoir donné notre baptême de l'air, a senti un manque d'émerveillement ? Puisqu'on n'a rien de prévu pour le reste de la journée il nous offre une surprise. Après l'air, nous voilà sur l'eau. Profitant de l'essai d'un catamaran qu'il veut vendre, on se fait passagers silencieux de l'embarcation qui file sur les vagues.

Les murmures de l'océan chatouillent les oreilles, et les reflets lumineux font cligner les yeux.
L'inattendu étire les sourires.
Il m'avait manqué, cet univers bleu.


Puis on a décidé d'aller voir la réserve naturelle en vélo. Sauf que le lendemain matin, la fatigue pesant et amplifiant les appréhensions (pédaler contre le vent, pendant cinq heures, sous un soleil qui cogne...), on a changé d'avis, troquant les bicyclettes pour une voiture avec chauffeur. Tant pis pour les finances, aujourd'hui je préfère écouter mon corps plutôt que mon porte-feuille. Aujourd'hui j'apprécie de me laisser porter, et demain est un autre jour.

En partant tôt on précède les foules, découvrant les paysages presque seuls.
La mer d'un côté, les étendues désertiques de l'autre...


Les grands espaces ont quelque chose d'apaisant.
Un vide qui déteint sur les esprits trop pleins.


La visite se termine sur une plage idyllique où, en bons bretons, on s'immerge dans une eau à la température vivifiante...

Et le lendemain, on repart. 
Au nord. 
En deux bus, en une vingtaine d'heure, on roule vers une autre plage.

Mancora...
Pourquoi ?
C'est presque un hasard.
Un "pourquoi pas".
Un entre deux.
Une décision poussée par une promesse de sable chaud et d'atmosphère propice au repos.


Mancora...
C'est une petite ville bien touristique, aussi.
Moins balnéaire que Paracas, bien plus surfeuse...
Mais, de toute façon, peu importe.

Il y a du monde, oui, et on s'ajoute au nombre des étrangers qui s'y arrêtent pour quelques jours. Ses allures aguicheuses cachent une invitation à la pause, que je finis par accepter dans un soupir. Quitter la vallée, reprendre les longs trajets de bus, ne pas pouvoir me nourrir comme je le voudrais, ne pas dormir assez longtemps ou assez bien... Un rhume me montre qu'il est temps m'écouter un peu plus, et m'arrêter. Souffler. Fermer les yeux.


Finalement, Mancora est parfaite pour ça.
Le temps passe, les jours filent.
Le sable et le bruit des vagues me bercent.

Et bien vite, il est temps de repartir...

Trois jours à Lima me prouvent mon détachement, mon ouverture ; finalement, la capitale péruvienne n'est pas si terrible, et même agréable si l'on se concentre sur ses meilleurs quartiers. On s'envole ensuite pour Bogota... L'arrivée dans un nouveau pays n'est qu'une escale, un passage hors du temps. Je ne suis plus sur la terre de mes neuf mois de voyage, mais pas encore tout à fait rentrée... Quatre jours font une transition douce-amère, où j'ai l'impression de flotter sans m'attacher, ouvrant les yeux, voyant déjà une envie de revenir.

Et puis, déjà, il est temps.
Après une nuit trop courte, je monte dans un autre avion.
Et cette fois, c'est au continent tout entier que je dis au revoir.

"Hasta pronto, america del sur..." 

Ça ne peut pas être un adieu.

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