lundi 21 août 2017

Comme si j'avais besoin de réviser la plus grande leçon du voyage...

Trois mois plus tard...
Me voilà revenue sur le continent américain.

[...]

Le retour imprévu en France a été difficile, vide de motivation et d'envies. Repartir n'était qu'une option faute de mieux. Alors que rester semblait n'avoir aucun sens, reprendre un billet pour l'inconnu s'est imposé comme la seule chose à faire. Sans savoir pourquoi. Sans savoir comment. Je sentais seulement qu'il me fallait bouger à nouveau, c'était comme une force invisible qui me tirait en avant.

Après un temps d'hésitation comme pour repousser la prise de décision, j'ai prévenu Marc que le moment était venu pour moi de prendre un billet d'avion. Aussi incertain que moi, il a acquiescé avec plus d'espoir que de motivation, et après des heures de recherches on a fini par réserver un trajet plein d'escales, aussi peu cher que possible, à des dates qui sonnaient juste, et pour la destination qu'on aurait dû suivre si la vie n'avait pas tout bouleversé en mai dernier : le Pérou.

Deux semaines avant de repartir, la sérénité était revenue en moi.
Les derniers jours ont été parfaits, la motivation et l'énergie avaient retrouvées leur place.
Sans attentes, le hasard et l'imprévu ont démultiplié les sourires.

Quand Marc m'a retrouvée à Paris, son énergie à lui était à plat. Le départ, autant que l'idée de rester, lui semblaient vide de sens ; il ne savait pas pourquoi il était là. Moi non plus en fait, mais j'avais une confiance aveugle, la certitude qu'il me fallait repartir. La raison deviendrait évidente plus tard, sans doute, comme souvent...


On s'en va.
On repart, encore.
Et ça nous semble tellement anodin.

Une heure de RER, aéroport Charles de Gaulle. Enregistrement des bagages, douane, petit déjeuner trop cher. Une cigarette dans l'espace fumeur à ciel ouvert. Monter dans l'avion. Tout s’enchaîne parfaitement, c'est si facile. Madrid, des heures d'attente devant nous... Récupérer les sacs, manger sans autre choix que la malbouffe. Assis par terre, près d'une prise pour brancher le téléphone, sentir apparaître une pointe d'agacement en ne voyant pas arriver un billet d'avion que j'avais loué (une preuve de sortie du territoire peut être demandée à l'entrée de certains pays ; pour jouer la sécurité j'étais passée par Flyonwards, qui propose d'envoyer un vrai billet d'avion valable pour 24h ou 48h, juste le temps des contrôles de douane... c'est 100 % légal et ça m'avait semblé fiable). Envoyer un mail, puis deux. Sentir l'énervement s'amplifier. Mais qu'est-ce que je peux faire de plus ? Rien d'autre qu'attendre. Enregistrer les bagages chez British Airwaves, avec un gentil monsieur nous informant qu'il nous faudra les récupérer à Londres, puis les ré-enregistrer pour le prochain vol, parce que les compagnies ne travaillent pas ensemble. Mais on n'a qu'1h50 de transit, et il faut changer de terminal... C'est pas un peu impossible comme mission ?... Au comptoir de la deuxième compagnie, Avianca, la dame dit pas de problème il faut demander aux autres de faire le transfert. Mais le premier monsieur rit jaune, nous accompagne jusqu'à elle pour expliquer que ce n'est pas possible. Alors... alors... en haussant les épaules on dit merci quand même et on s'en va, envisageant déjà de passer la nuit à Londres. Mon énergie a chuté, mon sourire fait des vagues. Mais on en rit surtout, lâchant prise sur ce qu'on ne peut contrôler, souriant de désespoir et d'infortune. Embarquer, demander à une hôtesse si on pourra descendre en premier à Londres pour courir vers le vol suivant. Et puis, quand elle revient nous voir en disant que nos bagages seront finalement transférés sur tout le trajet, éclater de rire face à l'imprévu salvateur.

Deux heures de vol ? Le compte commence à être difficile à tenir. Changer de terminal en souriant, enchaîner les nombreux contrôles. Et arrêter de sourire au comptoir d'Avianca : le monsieur exige une preuve de sortie du pays. Même le vol au départ du Chili que Marc a réservé pour dans trois mois n'est pas suffisant... non, il nous faut un billet de sortie du Pérou ! Le temps file entre nos doigts alors qu'on cherche une solution sur une connexion wifi instable. L’énervement et la fatigue emplissent la voix et les gestes de Marc, mais je garde mon calme sans trop savoir comment (parce que ça ne sert à rien de s'emporter ?), et on arrive à réserver deux billets de bus pour la Bolivie, au hasard, juste pour qu'on nous laisse embarquer. Dans l'avion il n'y a plus qu'à se laisser porter, en principe tout se passera bien maintenant... Un verre de vin avec le repas, un film, et les yeux se ferment.

Une bonne douzaine d'heures de vol plus tard, l'avion se pose en avance à Bogota. Pas d'empressement ici, tout coule facilement. Profiter du temps mort pour parler, essayer d'éclaircir l'état d'esprit nuageux de Marc, démêler les sentiments. Embarquer, décoller en retard... Mais on n'est vraiment plus à une heure près.

Lima, à travers le hublot, semble terne et fade.
L'envie de fuir les villes n'a jamais été aussi forte.

Les passeports sont enjolivés d'un nouveau tampon, la routine continue avec la récupération des sacs. Celui de Marc arrive, et le mien se fait attendre. Longtemps. Beaucoup trop longtemps... Au guichet de réclamation on m'informe qu'il est resté à Madrid. Un nœud se forme dans ma gorge, mais, eh, qu'est-ce que je peux y faire ? Aucune réaction possible ne fera apparaître mon sac par magie ! Il me sera livré demain, me dit la dame. Oui mais je ne veux pas rester à Lima ! Ok, répond-elle, ils peuvent le transférer, il faut juste que je lui donne une adresse. Ok, alors...

C'est pas grave, après tout, on a encore une nuit de bus et je n'ai pas vraiment besoin de quoi que ce soit dans mon sac... Après avoir réservé une chambre dans la ville où l'on avait prévu de s'arrêter et donné l'adresse à Avianca, on file au terminal de bus. Ni Marc ni moi n'avons vraiment conscience d'avoir commencé un voyage. Déconnectés, et pas vraiment déboussolés, comme si une bulle nous entourait. 

Encore une nuit dans un bus grand confort où la fatigue m'assomme sept heures d'affilée (sur les dix-sept du trajet), et finalement on stoppe le mouvement à Arequipa. Le paysage aride à travers les fenêtres a laissé place à une ville bien plus grande que dans les souvenirs de Marc, huit ans après son premier passage. L'humeur est mitigée ; pas négative, mais blasée, sans excitation. La fatigue y est sans doute pour beaucoup. Au moins, le hasard nous a fait choisir un hôtel où les gens sont souriants, simples et chaleureux ; et je profite du lit moelleux pour m'écrouler, laisser ma tête s'adapter à l'altitude, et oublier les 57 heures de voyage.

Puis ça devient presque ridicule.
Sans nouvelles de mon sac, l'inquiétude ré-apparait. Une employée de l'hôtel appelle la compagnie pour moi, dit qu'ils ne savent pas où il est et qu'on doit aller dans une agence ; là-bas ils ne peuvent rien faire, nous renvoient vers l'aéroport, mais il faut attendre le soir. Après 1h de taxi dans une circulation dense et bruyante, on patiente 20 minutes à un guichet pour finalement apprendre que mon sac est toujours à Lima et n'arrivera qu'à 22h. Mais ils vont me le livrer, dit la dame... Ce soir ou demain ? Ce soir ! je lui dis sans hésitation. Le gérant de notre hôtel n'y croit pas, Marc non plus, et à 23h j’éteins la lumière sans plus d'espoir pour la journée. Mais une demi heure plus tard, on frappe à notre porte, je descends, et comme si j'étais en train de rêver je remonte avec mon sac...

J'ai l'habitude de vouloir toujours trouver une raison à tout, une leçon de vie...
Mais là j'ai du mal.
C'est encore une histoire de lâcher-prise ?

L'ensemble de ce début de voyage me semble tellement absurde, que j'ai seulement envie d'en rire et le laisser derrière moi. Au réveil, j'ai l'impression que le voyage commence seulement. Inutile d'y penser plus longtemps, tout s'est arrangé et ce matin rien ne va de travers. Aujourd'hui tout est possible...

Bienvenido en Peru...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire