vendredi 3 mars 2017

Un commencement.

America del Sur...
Argentina...
Patagonia…
Tierra del fuego…
Ushuaia.

Voilà l'évidence.

Mon dernier grand voyage devait avoir pour point d'arrivée une destination qui mettait des étoiles dans mes yeux, la Nouvelle-Zélande ; mais le chemin s'était empli de détours, la voix du cœur m'avait poussée à étirer le temps, et finalement je n'ai jamais mis les pieds en Océanie. Aucun regret, mais cette fois, en sachant que les errances reviendront forcément, j'ai mis en point de départ l'endroit dont je rêve depuis des années.


C'est la fin de l'été ici, mais ça ne signifie pas grand chose : la température oscille toute l'année entre 0 et 10°C de moyenne. Pourtant, la terre de feu m'accueille avec un soleil éclatant, à en brûler mon visage.

Après 22h de vol inconfortable, en trainant un rhume depuis l'europe, être à l'ouest revêt un double sens.

Il me faut une bonne journée de repos pour que le brouillard se dissipe.
Et en même temps, le soleil s'éclipse.

Au chaud chez F., qui m'héberge en couchsurfing, j'observe le monde à travers la fenêtre. Étrangement, la nature m'intimide. Je n'ai plus envie de lutter contre elle, comme j'ai pu le faire souvent en marchant en Islande, en Laponie... Je n'ai plus besoin de prouver mon endurance, face à elle.

C'est le soleil, réapparaissant entre les nuages, qui m'invite à partir un peu plus loin.


Ushuaia est le bout du monde, sa fin, disent la plupart des gens.
C'est un beau slogan pour nourrir le tourisme...
Ici se trouvent la poste la "plus australe", le "train du bout du monde"...

Mais en vérité tout est question de point de vue : est-ce qu'une île fait partie d'un continent ? Bien que coupée par la mer, la route 3 qui traverse le pays se termine dans le parc national de la Tierra del Fuego. Au bout il y a un sentier. Et à la fin, une barrière. C'est ça le bout du monde ?

Un Argentin, rencontré au camping du parc, m'a raconté dans un anglais teinté d'espagnol que los locos, aqui (les fous, ici), y voient plutôt le début du monde. J'aime bien cette version.


Au fil des sentiers, mes pensées se dispersent, déjà envahies par les sonorités hispaniques. Comme si l'environnement déteignait sur moi, si vite. Et puisque je maitrise mal la langue, c'est une cacophonie. Mais laisser libre court au vagabondage de l'esprit a quelque chose d'apaisant. 

Je retrouve une question bien familière.
Qu'est-ce que je fais là ?
Loin d'être négative, elle me pousse à constater encore une fois que ma définition personnelle du voyage a bien peu à voir avec le fait de voir des choses. Ça manque de sens. Je suis là, au bout d'un monde, à l'aube de tous les possibles, et je sais déjà que cette nouvelle aventure n'aura rien à voir avec les précédentes. Elles le sont toutes, évidemment, différentes...


Le rythme de mes pas me ramène en arrière. 
Je me revois en Islande, en Scandinavie, en Asie... 
J'y retourne le temps d'un souvenir, sur quelques mètres, pour réaliser à nouveau tout le chemin parcouru, plus métaphorique que géographique.


Qu'est-ce que je fais là ?
J'ai un peu l'impression de me contenter de combler des jours, dans l'attente.
Mais est-ce que ce n'est pas toujours un peu le cas ?
À chaque voyage, est-ce que je n’occupe pas simplement mon temps du mieux possible en attendant une rencontre, quelqu'un avec qui poursuivre un bout de chemin, ou avec qui passer du temps simplement ? Ou quelque chose, un hasard, qui amène une nouvelle évidence ? Et est-ce que toute la vie, dans son essentiel, ne se résume pas à une recherche de connexion humaine ?
...

(Est-ce que le but de la vie peut se résumer par "être heureux" ?)


Et en même temps, aucune hâte.
Aucun empressement.
Aucune angoisse.
Aucun ennui.
Aucune négativité...

Rien que la conviction d'être au bon endroit, sur la bonne route.
Une sérénité tranquille.
Le passé m'a prouvé que le but n'a pas besoin d'être connu à l'avance.


Pendant trois jours, comme ça, le temps file doucement.
C'est une acclimatation, une transition.
Une introspection, un peu.

Et parfois, au fil des pensées, arrive le constat que tout est parfait, qu'il ne me manque rien pour être heureuse. Bien sûr il pourrait y avoir encore plus, mais je n'attends rien de plus. Mon bien-être ne dépend de rien de plus que ce qui se trouve tout autour de moi, et en moi.

Je ne sais pas où je vais, mais peu m'importe.


En retournant à Ushuaia, chez F., la porte s'ouvre déjà sur une nouvelle page.
Marc est là, le sourire jusqu'aux oreilles.
Est-ce que c'est lui qui est venu me retrouver, depuis le Chili où il voyage depuis quelques mois... ou est-ce moi qui l'ai rejoint en traversant l'atlantique ? Un peu des deux, sans doute, comme une évidence combinée.

Alors, l'histoire se poursuivra désormais à deux, pour une durée qu'on sait tous deux indéterminée.
Et peu nous importe.

4 commentaires:

  1. Cool cool ! Je me suis dit 'Tiens, que raconte Gwen ?' et paf, je te retrouve en pleine poésie avec des chouettes photos de montagnes qui trempent dans l'eau. Mmm … Ça me rappelle quelque chose …

    La bise à Marc :)

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  2. Voilà qui annonce de bien beaux moments de lecture !
    Paysages magnifiques, déserts, calmes... Pas de photo de Marc, mais je l'imagine bien le sourire d'une oreille à l'autre !
    Biz à tous les deux :D

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  3. Très joli ! Et comme c'est agréable et magique de pouvoir se téléporter par procuration dans ces paysages inconnus et magnifiques. Merci.

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