dimanche 26 février 2017

Par(s) là-bas...

Pensez-vous qu'à force de multiplier les départs, ils s'adoucissent ?
Qu'à force de dire au revoir la gorge ne se serre plus ?
Que la plongée dans l'inconnu se banalise ?
Ce serait logique, pas vrai ?

Pourtant c'est un peu plus compliqué que ça…
Un grand voyageur m'a dit un jour que même après 10 ans de route le déchirement était toujours présent au moment de repartir. À l'époque, je le croyais sur parole et prenait ses mots comme un présage de mes futurs départs. À l'époque, les semaines précédant mes voyages étaient un paradoxe : je voulais partir sans vouloir tout quitter, je vivais dans l'attente en pensant constamment à ce qui m'attendait, sans pouvoir profiter de ce que j'allais laisser derrière moi. Une boule grossissait dans mon ventre jusqu'à exploser au moment de claquer la porte. Et puis, une fois partie, pendant des jours ou parfois des semaines, la mélancolie me tirait en arrière. Je me forçais à aller de l'avant, à découvrir l'inconnu, mais mes pensées s'emplissaient du quotidien rassurant que j'avais quitté. À l'époque, partir était difficile pendant bien trop longtemps.


Et ce n'est pas tant le nombre de voyages qui a changé les choses... mais ce qu'ils m'ont appris.

Parce que, cette fois, j'ai réalisé en partant à quel point je conjuguais désormais ma vie au présent.
À quoi bon s'angoisser pour un futur qui n'est pas encore là, se torturer avec des "et si" ?
Pourquoi ressasser un passé qui n'est plus là, se morfondre dans des souvenirs de jours heureux ?
C'est pas que je ne pense pas au futur ni au passé, il y a des questions à régler, des billets à prendre, des rendez-vous à fixer, des risques à mesurer, des rêves qui entraînent et des souvenirs qui donnent le sourire. Mais quand le vagabondage de l'esprit est guidé par la peur (celle de l'inconnu ou de la perte des jolies choses), il n'a aucune utilité. Il ne peut rien apporter de bon et ne fait qu'empêcher de profiter du présent. Je ne peux pas savoir ce que sera demain, je ne peux pas retenir hier. Alors... aujourd'hui, voilà ce qui compte.

Si on m'avait expliqué ça il y a cinq ans, j'aurais dit c'est bien beau mais c'est pas comme si je pouvais contrôler quoi que ce soit. Si on m'avait dit, il y a cinq ans ou même deux, que ça changerait, j'aurais souri avec des étoiles d'impatience dans les yeux, sans trop y croire peut-être.

Qu'est ce qui s'est passé, alors ?
Les voyages, la vie, certaines lectures, des coups du sort qui forcent à la réflexion, des expériences enrichissantes, des rencontres... Pas de recette miracle, mais un lent apprentissage qui commence par l'envie de suivre sa propre route. Je pourrais bien philosopher, vous expliquer comment il me semble qu'on pourrait tous se rendre la vie plus belle et plus facile, mais... D'abord je ne serais pas bonne à ça, et puis ce ne serait que mon point de vue. Je préfère encourager qui le souhaite à suivre sa propre route et à faire sa propre expérience.

...

Cette fois, donc, à chacune des quatre étapes de mon départ, ni l'avant ni l'après ne m'ont perturbée pendant des semaines. Mais quand même, à chaque au revoir, il y avait toujours le même pincement au cœur.

C'est pas que c'est plus facile de partir, c'est juste que ça dure moins longtemps.

2 commentaires:

  1. Merci ! Tous vos mots nous sont connus bien sûr mais la façon dont vous les tricotez forme pour nos nuits froides un formidable édredon rassurant.

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    1. Merci à vous pour ces mots qui m'encouragent à continuer le partage !

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