samedi 23 juillet 2016

Une pelote détricotée.

Comme un refrain qui tourne en boucle.
Partir, repartir, encore...
Et encore...

Les étapes se succèdent, si différentes qu'à peine commencées elles donnent à la précédente l'aspect flou d'un souvenir lointain. Après les visites d'amis éparpillés, il y a eu une parenthèse déconnectée du monde virtuel, un tourbillon de vie pour 10 jours de bénévolat en festival. Des étincelles. Du brouillard. Des bleus sur les jambes, des égratignures, des piqures (de moustiques), des coups (de soleil). Des questions, du partage, du recentrage et de la perdition à la fois.

Qui es tu, toi ?

J'étais la timide, la mal dans sa peau, l'oubliée des cours de sport.
J'étais la discrète, l'effacée, la solitaire.
J'étais celle qui ne portait que du noir, du bout des ongles à la pointe des cheveux.
J'étais la créative qui s'éparpillait sans arriver à s'exprimer, la rêveuse sans confiance.
J'étais la sœur qui voulait se démarquer, la fille qui voulait se rebeller, l'amie dont les mots restaient souvent bloqués en travers de la gorge.
J'étais la sédentaire à qui l'inconnu fait peur, celle qui n'ose pas parler anglais par peur que l'accent bancal semble ridicule.
J'étais...
J'ai été...
Tellement de choses.


Et puis, sans même y prendre garde, un beau jour j'ai été l'aventurière qui aime camper dans la nature, même dans la neige par -30°C, l'intrépide qui n'a pas froid aux yeux.
Je suis devenue la courageuse, l'indépendante, celle qui est partie seule pour un été hors des frontières.
Je suis devenue la voyageuse qui parcourt le monde les yeux grands ouverts.
Je suis devenue la raconteuse, l'artiste, celle qui ne peut recevoir de plus beau compliment que celui d'avoir inspiré.
Je suis devenue l'introvertie qui sait gérer son besoin de solitude entre deux périodes de sociabilisation.
Je suis devenue...
Tellement de choses.

Petit à petit, à force de voyages, de retours, de nouveau départs, d'aventures hors zone de confort, (à force de vie ?) les nœuds se détricotent. Certains disparaissent sans qu'on n'y prenne garde, d'autres sont plus solides, emmêlés depuis si longtemps... Mais tout doucement les fils se réarrangent, la pelote se déforme, se transforme, s'étire... S'éparpille aussi, un peu, avec les courants d'air. Parce que c'est instable, une pelote détricotée : ça s'embrouille, ça se délie, et puis ça se ré-emmêle ailleurs, ça change, ça ne tient pas en place, ça bouge tout le temps... À en perdre le sens, l'essence. À ne plus bien savoir, au fond, ce qu'elle est vraiment, autre qu'un tas de bouts de ficelle entassés aléatoirement.

Et c'est un sacré boulot, mine de rien, de ré-enrouler tout ça correctement pour en faire une jolie pelote équilibrée. (En plus quand on pense que chaque fil de laine est composé de plusieurs brins entortillés... on peut sentir une migraine arriver.)

À une époque j'imaginais j'espérais que tout se mettrait en ordre naturellement ; qu'il n'y avait pas grand chose d'autre à faire, au fond, que de vivre simplement en écoutant son cœur. C'était pas totalement faux : en laissant une pelote virevolter au hasard, les chances sont grandes pour que le vent la dénoue sans effort (quoiqu'il peut aussi se passer l'inverse...). Mais pour en atteindre le cœur ? J'attendais une main extérieure, j'attendais l'impossible. 


Alors, quoi ?

Il me semble qu'on n'apprend jamais mieux sur moi-même qu'en abandonnant tous ses repères, qu'on ne progresse jamais plus qu'en quittant sa zone de confort pour se jeter dans l'inconnu. Il me semble que pour détricoter une pelote de laine, il n'y a rien de mieux que de l'emmener loin de toutes celles auxquelles elle s'est liée...

Alors, je repars.
Je m'en vais me perdre pour me retrouver.
La destination s'est imposée d'elle-même, à l'instinct...
Et puis elle n'est qu'un prétexte : le voyage se veut bien plus intérieur que géographique.

Demain je m'envole pour les îles du printemps éternel.

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