mercredi 30 décembre 2015

La chance des voyageurs

Une question qui tourne en boucle et en rond sur la toile. Ou plutôt une affirmation pleine de fierté, avec un brin d'agacement peut-être, à raison certainement :

"Non, les voyageurs ne sont pas chanceux de voyager !"

Parce qu'on l'a choisi, parce qu'on ne le doit qu'à notre courage et notre volonté, parce que voyager est à la portée de tous, vraiment, lisez les blogs voyages pour vous en rendre compte !...
Oui... Mais non, en fait.
Pas tout à fait, pas seulement...


La chance d'être née au bon endroit, au bon moment.

Être née… Rien que ça, c'est une chance, non ? Sans ça, pas de voyage. (Ok, c'est facile... Mais indéniable !)

Au bon endroit… Dans un pays sans dictature, sans guerre sur son territoire, avec le droit à l'éducation, le remboursement des soins médicaux, l'eau potable courante dans les maisons, des aides sociales, un passeport (au prix de même pas 10h de travail smicard !) qui ouvre les portes (souvent gratuitement) de presque tous les pays… Dans une famille "moyenne", ni riche ni pauvre, où j'ai toujours mangé à ma faim même si, parfois, le cadeau de noël rêvé était trop cher, tant pis, tant mieux ? ça apprend la valeur de l'argent... De parents aimants qui m'ont guidée sans me brider, sans imposer un choix d'avenir dont je ne voulais pas...

Au bon moment… Parce que l'apparition de cette inépuisable source de connaissance et de rêveries qu'est internet met l'inconnu à portée de clic… Parce que les témoignages de monsieur et madame tout le monde affluent, racontant les débrouilles en voyages économiques, ou "alternatifs", entre couchsurfing, workaway ou WWOOFing, camping sauvage, hitchhiking (de voiture, camion, train, bateau, avion!), dumpster diving, slow travel, etc. Alors peut-être qu'à une autre époque j'aurais quand même voyagé. Peut-être que, quitte à faire des suppositions, j'aurais pu devenir une aventurière digne d'Alexandra David-Néel, ou Ella Maillart, ou encore Mary Kingsley... Mais… n'empêche, aujourd'hui c'est plus facile. Et si ça c'est pas une chance, alors quoi ?

La chance d'être en bonne santé.

Rien ne m'empêche physiquement ou mentalement de voyager, et ce n'est pas donné à tout le monde. Mais ceci dit, être malade ne veut pas dire qu'il faille baisser les bras ! Par exemple : une greffe des poumons n'a pas empêché Lou de partir, Audrey parcourt le monde avec un fauteuil roulant, et la volonté d'Emeline et Jérome est plus forte que le handicap...

http://www.parlaba.fr/p/malaisie.html

La chance d'aimer voyager.

J'aime le café, ma voisine aime le thé. J'aime conduire une moto, un ami aime le vélo. J'aime passer des soirées en petit comité, ma collègue aime sortir en boîte. J'aime la neige, ma belle-sœur aime la plage. Et puis j'aime bien la plage aussi, en fait. Un peu, pas toujours. D'ailleurs faire du vélo ça me plaît beaucoup aussi. Et j'apprécie un thé de temps en temps… Par contre sortir en boîte, ça non, vraiment pas... Ça vous paraît absurde ? Et si je vous dis que j'aime partir plusieurs semaines dans un pays inconnu sans trop planifier, alors que ma colocataire aime faire de courtes escapades en réservant à l'avance tous ses trajets et nuits d'hôtel… Vous voyez où je veux en venir ? Puisque voyager loin et longtemps n'est pas du goût de tous, on peut considérer que j'ai de la chance de le faire pour la simple raison que... j'ai de la chance d'aimer ça.

La chance d'avoir compris qu'il ne tient qu'à moi de vivre comme je le veux.

On grandit avec des repères, des normes, des lignes de conduite à respecter pour trouver sa place dans la société. Que la voie de la réussite passe par un travail au salaire gratifiant ou la nécessité de fonder une famille, ou autre chose, ou tout à la fois, on s'y conforme bien souvent au point d'oublier qu'elle n'est pas vérité absolue. Si certains y trouvent leur bonheur, d'autres s'y perdent sans comprendre le sentiment sourd de mal-être, puisque c'est sensé être comme ça, c'est ce que tout le monde dit et fait, si ça ne me rend pas heureux c'est que je suis pas normal, qu'est-ce qui cloche chez moi ?... Combien n'ont pas conscience d'avoir le choix, ou ne se posent pas la question de savoir ce qui pourrait les rendre heureux ? Pourquoi est-ce que le monde d'aujourd'hui tourne autour de la quête de l'argent, et non de celle du bonheur ? (vous savez que l'un n'apporte pas l'autre, pas vrai ?) Qui a décidé quelle doit être LA réalité, à laquelle tout voyageur est sensé revenir un jour, assagi et résigné ? Et si je préfère être heureuse aujourd'hui plutôt qu'économiser pour un demain incertain ? Si j'ai envie de privilégier l'ambiance au boulot plutôt que la grosseur du salaire ? Pourquoi devrais-je me conformer à tout prix, au prix de mon bien-être ? Est-ce si facile d'oublier ce que veut dire "on n'a qu'une vie" ?

Alors, oui, je considère comme une chance d'avoir compris qu'il ne tient qu'à moi de vivre comme je le veux. Parce que ce n'est pas quelque chose que j'ai cherché consciemment, mais qui est plutôt dû à une bonne part de hasard. Et du fait d'être née au bon endroit, au bon moment. Et d'avoir commencé à voyager, me rendant compte que j'aimais ça, créant un cercle vertueux...

http://www.parlaba.fr/p/chine.html

Et... ça s'arrête là !

La naissance, une certaine facilité, un goût, des tout petits hasards qui font une vie différente d'une autre...
Sont indépendants de ma volonté.
La chance, donc.
Le reste, tout le reste n'est que choix... 

Être sans attaches ?
Bien sur c'est plus facile de partir sans amoureux(se) ni enfant(s). Mais. J'ai eu et ai toujours des relations fortes qui m'ont parfois accompagnées hors des frontières, parfois déchirées en au-revoirs déterminés. Et j'aime à penser que l'éloignement géographique ne devrait jamais être une cause de rupture, amicale ou amoureuse. Si j'avais effectivement un(e) amoureux(se), un (des) enfant(s), voyager ne serait pas impossible pour autant, il ne s'agit que de comprendre et d'accepter ce qui nous rend, ou rend l'autre, heureux... Faire des choix, des compromis parfois. La chance n'a rien à voir là-dedans. Des preuves que tout est possible ? Le tour du monde à 80 cm, Le voyage de Miles en musique, ceux de Basket et sac à dos, 7 à vivre en catamaran, 5 bicyclettons autour du monde à vélo, Lebourg du monde en caravane, et tant d'autres...

Avoir de l'argent ?
Peut-être que j'ai de la chance de n'avoir jamais vraiment été, et d'être moins en moins, dépensière. Mais c'est aussi (surtout ?) une histoire de priorité ! Peu importe pour moi les produits de beauté ou la garde robe avec chaussures assorties à chaque tenue. Avec des amis, on récupère parfois de la nourriture dans les poubelles du supermarché d'à côté. Ici ou ailleurs, je dépense peu pour pouvoir voyager plus longtemps. De plus en plus je trouve du plaisir à éliminer plutôt qu'accumuler, et préfère entasser les souvenirs plutôt que les biens matériels. Et puis, des dettes à rembourser n'ont pas empêché Melissa de partir à l'autre bout du monde. Et puis, Corinne et Kalagan ont fait en sorte de pouvoir travailler en voyageant, comme beaucoup d'autres. Et puis, il y a le visa vacances-travail pour gagner un peu d'argent à l'étranger. Et puis, il y a le volontariat pour voyager sans dépenser. Et puis, et puis... Des choix, des compromis !

Avoir du courage, de la volonté, un brin de folie, des rêves...
De la chance, ou un état d'esprit qui peut s’acquérir ?


Bref, oui j'ai de la chance de voyager.
Mais pas que.
Mais beaucoup.
Une chance de débutante.
...
Et vous ?

4 commentaires:

  1. oh merci tellement pour cet article

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  2. Amen... c'est le mot qui me vient à l'esprit après avoir dévoré ce texte... amen dans le sens "bien pensé, bien écrit et vrai"... faudra que j'y revienne... le relire...
    Oui, merci !

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