vendredi 11 septembre 2015

Rishikesh, parfaite dernière étape...

Fatigue, lassitude des villes...
Je me retrouve à nouveau dans cet état où l'envie manque d'enchaîner les destinations, les visites, les endroits à voir et les choses à faire. Bientôt on part pour le Népal, mais là tout de suite on n'a plus aucune motivation pour jouer les touristes.

Besoin d'une pause à la fin du mois de visa indien.

Il y a une ville au nord de Delhi dont le nom m'appelait depuis plusieurs semaines.
Rishikesh...
C'est rien de précis, juste une idée de calme.
Quand on s'est rendus compte qu'il nous restait bien assez de temps pour faire la route jusque là et s'y poser quelques jours, on n'a pas hésité, ça avait l'air dans nos esprits d'un endroit parfait pour terminer le voyage en Inde.


La route est longue, la recherche d'un endroit où dormir est fastidieuse, mais finalement on pose les sacs.

On souffle.
On ouvre les yeux...
Et tout s'apaise.

Rishikesh, au pied de l’Himalaya et sur les rives du Gange, est connue comme la capitale mondiale du yoga. Les Beatles y ont séjourné dans un ashram il y a quelques années, et la ville attire aujourd'hui des occidentaux en quête de spiritualité et de bien-être. La viande et l'alcool sont interdits, les affiches pour des cours de yoga, méditation ou massage emplissent certains quartiers, les cartes des restaurants sont pleins de plats équilibrés et sains, de boissons détoxifiantes, d'aliments inconnus de la plupart des gens mais résolument bons pour la santé... À Lakshman Jhula, sur la rive est de la rivière sacrée, on est sensés être dans le quartier backpacker : une simple rue bordée de boutiques d'artisanat, de guesthouses et de restaurants, sans rien de l'ambiance touristique qui résonne souvent bruyamment dans les autres villes. Juste à côté de chez nous (est-ce que je vous ai déjà dit à quel point, à force de voyager, on considère chaque endroit où on passe la nuit comme "chez nous" ?), il y a deux restaurants souvent pleins d'étrangers, surtout le Little Buddha Cafe qui est même mentionné dans le lonely planet... c'est pas pour cette raison qu'on y va (on savait pas, d'ailleurs), mais on approuve sans hésiter. On y redécouvre les légumes, c'est incroyable, comme si ça faisait des années qu'on n'avait mangé que du riz avec des chapatis et des préparations vaguement végétales à base de gras ; j'adore la nourriture indienne, mais à un moment c'est too much. On se régale avec une salade de crudités, des aubergines grillées, du brocolis à la vapeur... Le tout arrosé de jus de citron, de mangue, ou encore un lassi à l'avocat...

Pendant cinq jours, comme ça.


Pendant cinq jours on reprend de l'énergie, de l'entrain.
On ne fait pas de yoga, malgré toutes les possibilités, mais on marche. On suit la rue vers le nord, deux fois, jusqu'aux cascades, on se baigne au pied de l'une dans une eau à la température parfaite, entourés de nature et de quiétude ; on part vers le sud, un quartier plein d'ashrams et plus résidentiel ; on traverse les ponts suspendus parmi la foule d'indiens, de scooters, de touristes...


Cinq jours... ça peut sembler beaucoup dans une petite ville.
Mais on laisse le temps couler doucement, tranquillement.
Il y a quelque chose dans l'air, une sérénité qui plane au dessus de toutes les têtes. Les sourires sur les visages sont francs et pleins d'amour de la vie, chez les touristes autant (voire plus ?) que les locaux. On en croise tous les jours, des gens comme ça qui respirent le bien-être. Et tout est calme, si apaisant... Quelques scooters font sonner leurs klaxons dans la rue unique, mais elle n'est sinon parcourue que par des vaches ou des piétons, pas pressés. La vie du Gange résonne dans les âmes, à toute heure du jour si on met le mouvement en pause, on écoute, et ça nous envahit, paisiblement...


On parle, on échange beaucoup, comme depuis le début du voyage et même encore plus. Il y a toujours des idées qui fusent dans la tête de Marc, des réflexions sur la vie, le monde, l'humanité, être soi parmi tout ça, être en harmonie dans un tout. Les réflexions enrichies par ces quatre dernières semaines fourmillent de possibilités nouvelles, ou de confirmations, de convictions inconscientes qui s'affirment. 

Ouvrir les yeux sur le monde, observer sa diversité en constatant son unité.
Voyager ne m'aura jamais autant apporté que depuis que je traîne dans ce coin du globe.


Et puis, une nuit, une idée se fixe dans mon esprit.
En ouvrant les yeux je l’aperçois, surprise.
Plus les heures passent et plus elle s'impose.
Plus je questionne son importance et plus elle devient évidente.

Et si je rentrais, plutôt que d'aller au Népal ?
...

Le soir même, mon billet d'avion est pris.

Entre deux routes possibles, deux destinations qui m'attiraient, c'est mon cœur qui a choisi. Ça faisait déjà trois mois que je pensais à rentrer, sans pouvoir me décider à faire un pas vers la France ; aujourd'hui je me suis simplement rendue compte que le moment était finalement arrivé. Que c'était ça qui me faisait le plus envie, plutôt que de continuer vers un nouveau pays. Est-ce qu'il faut plus d'explication ?


Le décompte est lancé : quatre jours avant qu'on quitte l'Inde, quatre jours avant qu'on s'envole, quatre jours avant qu'on se dise au revoir... Je prend conscience graduellement de la réalité de ma décision, par des détails. On reste à Rishikesh le plus longtemps possible, ne prenant un bus pour Delhi qu'au dernier moment. Là-bas je retrouve l'agitation d'une grande ville, faible transition avant de rentrer en France ; juste une soirée, quelques heures à peine, une dernière courte nuit. Puis le dernier jour, avant l'aube, un taxi nous conduit à l'aéroport. 

Et là, voilà, ça y est.
Le décompte est terminé.
Quand le soleil se lève Marc n'est déjà plus là, parti prendre un avion plus matinal que le mien. J'ai jamais aimé les aux-revoir, et celui-là ne fait pas exception. Mais puisqu'il est dû à envie profonde, une conviction que ma place est ailleurs... alors il n'y a rien aucun regret à avoir.

Au revoir Marc.
Au revoir l'Inde.
Adieu ce voyage là...
Je rentre chez moi.

4 commentaires:

  1. Magnifique récit, un des meilleurs... Tu as l'art et la manière de partager tes émotions, les ambiances, les endroits, les rencontres... Bravo et merci pour tout ça !

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  2. Bonjour,

    C'est donc la fin du voyage...
    Merci de l'avoir ainsi partagé par tes beaux écrits et tes belles photos .
    Bon retour chez toi même si " chez toi" c'est le "vaste monde" où plutôt le " grand Dewor" comme dit ta maman...;-)

    Ulyssane

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    1. Chez moi c'est partout où je pose mon sac, c'est changeant, et aujourd'hui c'est en France...
      Merci pour ce petit mot :)

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