mercredi 9 septembre 2015

Jaisalmer aux portes du désert

C'est en sleeper bus qu'on est arrivés ici, fatigués après une nuit allongés dans une des sortes de casiers qui forment un étage au dessus des sièges, ballotés sans cesse par un conducteur hâtif et par la route cabossée. (Bah, c'est l'Inde quoi...) Fatigués, et déjà entourés de chauffeurs de rickshaws ou rabatteurs d'hôtels qui ne veulent pas vraiment entendre notre réponse à leur sollicitations : "non merci, on attend un ami"...

Et le voilà qui arrive bien vite, cet ami, ce couchsurfer sur sa moto. Il nous fait monter dans un rickshaw qu'il négocie lui-même (et paiera, aussi, lui-même), et nous conduit jusque chez lui.


Ici aussi c'est un hôtel, comme à Udaipur... Mais toute ressemblance s'arrête là.
Ici, c'est un endroit chaleureux avec les plus belles chambres qu'on ait vu de tout notre voyage en Inde. C'est calme, reposant, et décoré avec beaucoup de goût. Les prix du restaurant sur la terrasse sont raisonnables, et le cuisinier semble être un ami du gérant, notre hôte couchsurfing. Ici, on sent plus une atmosphère familiale que commerciale. Bhawani nous précise dès notre arrivée qu'on n'aura rien à payer pour la chambre, qu'on peut manger chez lui mais qu'il y a d'autres endroits en ville qui sont très bien, et qu'il pourra nous conseiller ; il insiste, même, pour être sûr qu'on ne soit pas mal à l'aise de faire du couchsurfing dans un hôtel. Et on se sent simplement considérés comme des amis.

Rien ne presse pour découvrir la ville, on se rappelle qu'on est en vacances et qu'on peut aussi prendre le temps de ne rien faire. Discuter avec Bhawani et son amie Taïwanaise, laisser filer le temps sur la terrasse ensoleillée, se reposer, regarder un film quand il fait trop chaud, et aller voir les enfants d'à côté, qui sont issus d'une caste de musiciens nomades...

Ils ont plusieurs corvées à faire avant que les parents ne rentrent, par exemple cuire les chapatis.
Et quand leur travail est fini, on leur propose une autre activité...

Dans le Rajasthan il y a quatre ville colorées : Jaipur la rose, Udaipur la blanche, Jodhpur la bleue (on voulait y aller, mais tout le monde nous l'a tellement déconseillé qu'on a laissé tombé), et Jaisalmer la dorée. À une centaine de kilomètres du Pakistan et au bord du désert du Thar, celle-ci m'attirait mystérieusement depuis que j'en avais entendu parler (c'est à dire un mois plus tôt, quand j'ai décidé d'aller en Inde...), comme une promesse d'exotisme à l'odeur de sable chaud, une image floue de silence au milieu d'un paysage qui n'est que lumière, partout où se porte le regard. J'avais jamais vu de désert (à vrai dire, deux mois plus tôt je ne savais même pas qu'il y en avait un en Inde...), et l'idée de découvrir celui-là à dos de chameau s'est ancrée dans ma tête sitôt qu'on m'a dit que c'était possible. Mais avant d'y arriver on a rencontré Nitin et Guillaume, on les a suivi à Pushkar pour une excursion similaire, et on s'est dit que du coup ça ferait un peu beaucoup pour notre budget de recommencer à Jaisalmer. Mais ça, c'était avant de rencontrer Bhawani...

C'est d'abord son amie qui nous parle des sorties qu'il organise. Lui, il commence par nous dire à nouveau qu'on est ses invités, qu'il ne nous a pas amené ici pour qu'on lui apporte de l'argent, et qu'on n'est obligés à rien ; mais dès qu'il nous explique comment pourrait se passer une virée dans le désert avec lui, on est emballés. En un échange de regard avec Marc, on sait qu'on est d'accord. (Surtout que c'est pas si cher, même moins que ce qu'on a fait à Pushkar.)

Le lendemain, à midi (après une tentative de retrouver un scorpion sorti du sac de Marc et disparu quelque part dans notre chambre...), on grimpe à l'arrière d'une jeep, Bhawani nous conduit hors de la ville.

La route défile au milieu d'un paysage sec qui s'étire aussi loin que porte mon regard, les yeux plissés par le soleil éclatant. La chaleur écrasante disparait dès qu'on roule, le vent s'engouffre chargé de poussière ; et me fait plisser encore plus les yeux.


On s'arrête une première fois au bord d'un village de travailleurs de la terre. Ceux qui vivent ici construisent des bâtiments en boue ; mais quand on s'y promène on ne croise que quelques femmes et une bande de gamins qui nous entourent bien vite, s'étonnent de nos piercings et tatouages, touchent mon bras décoré et me prennent par la main pour m'entraîner là où ils le veulent ; ils essaient de nous faire les poches, aussi, demandent des pièces et du chocolat avec deux mots d'anglais appris par coeur.

Visite éclair un peu surréelle...


Plus loin on entre dans un village fantôme, habité autrefois par des gens très doués de leur mains et intelligents, qui ont déserté l'endroit en une seule nuit sans que personne ne sache où ils sont allés. La raison est à trouver dans un désaccord politique et le viol de plusieurs filles par les dirigeants de la région. Aujourd'hui ça porterait malheur de venir s'installer ici, ou même simplement d'emporter avec soi une brique ; alors tout reste en place, il n'y a que le temps qui modifie les lieux.


Puis on arrive à une oasis... 
Rien que le mot, ça me faisait rêver.
Une oasis en plein désert, plan d'eau qui ne s'assèche jamais, au milieu du paysage aride où même en période de mousson on ne voit que de très rares touches de vert... On y fait une pause, juste le temps d'un déjeuner fait de riz, dhal, légumes et chapatis, cuisiné à l'hôtel ce matin.


La route continue, on arrive au dernier fort indien avant le Pakistan.
Des ruines, encore, la vaste étendue aride à perte de vue.
L'horizon brouillé par la chaleur...


Puis on s'arrête au village où nous attendent nos chameaux.
On grimpe sur des selles bien plus confortables qu'à Pushkar, et on s'en va juste nous deux, avec le jeune gars de 17 ans qui nous emmènera jusqu'au campement.


Quand on demande si on peut les conduire nous-même il n'y a qu'une légère hésitation, un acquiescement, et notre guide propose de monter derrière moi : on peut alors aller plus vite, au galop sur quelques mètres, et c'est aussi bien mieux pour lui plutôt que de marcher à côté.


Le voilà, le désert comme je voulais le voir.
L'étendue de sécheresse, les dunes au relief changeant...
Le vent souffle fort depuis qu'on est arrivés à Jaisalmer, ici il glisse au sol chargé de grains de sable. On le voit, on l'entend et on le sent. C'est beau, c'est calme...


On passe la nuit au milieu de tout ça, sur des lits posés là juste pour qu'on ne soit pas recouverts de sable (sans vent, on aurait seulement eu des matelas par terre), sous un ciel étincelant et parsemé d'étoiles filantes. S'endormir dans ce paysage, au son du vent qui balaie le sable... Magique.


Le lendemain en repartant j'accroche mes sandales sur mon sac avant de me remettre en selle. Pieds nus, un petit sentiment de liberté supplémentaire. Cette fois le guide monte derrière Marc, et je les suis en conduisant mon chameau rêveur à la démarche douce et tranquille. Le village se dessine déjà au loin quand je me rend compte que mes sandales ne sont plus là ; elles ont pu tomber n'importe où, entre les dunes de sable... L'humeur un peu maussade (c'était vraiment de très bonne sandales de marche...) se dissipe doucement à force de penser que de toute façon il n'y a rien à y faire, alors à quoi bon se ruiner le moral ? et tout s'efface quand Bhawani me raconte que, dans sa culture, perdre des chaussures dans un endroit spécial est synonyme de chance, d'un nouveau départ. J'aime cette façon de voir les choses.


Quand on fini par quitter Jaisalmer, après quatre jours, on a à peine visité la ville mais elle nous a conquis. Il y a quelque chose dans l'air, une ambiance, un esprit du désert... Ces bâtiments de terre et la lumière dorée, le sable et la poussière qui se mêlent à l'air, une vie calme, tranquille, et pour ce qu'on en a vu pleine de convivialité... de la chaleur, autant humaine que climatique.

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