mardi 18 août 2015

Varanasi, la ville mystique.

Le train parti de Kolkota roule lentement vers l'ouest. Les fenêtres ouvertes rafraîchissent le wagon sans rien laisser voir du pays puisqu'il fait déjà nuit, tout est noir dehors. Les passagers commencent à s'allonger, les lumières s'éteignent. Dans la sleeper class il n'y a pas de compartiments : les blocs de huit couchettes (deux le long du couloir) ne sont séparés que par de fines parois. On a attaché nos sacs avec une chaîne, on a grimpé sur les banquettes, et les yeux fermés on se laisse bercer par le roulement du train qui nous fait doucement sombrer. Mais… BAM BAM BAM! Un arrêt en gare, des mains qui frappent sur le wagon, à l'intérieur on s'empresse de fermer les fenêtres, dehors les voix se mélangent en exclamations agitées, une cohue, un homme habillé en orange passe dans le couloir et bientôt des dizaines d'autres le suivent, tous vêtus de la même couleur, investissant le moindre espace libre du train. Les yeux grands ouverts, j'observe le calme des passagers indiens : s'ils ne bronchent pas, on n'a pas de raison de s'inquiéter. Quand le train redémarre la situation semble être normale, personne ne s'en plaint, les gens sur les couchettes du bas on cédé les 3/4 de leur place sans protester et le calme s'est installé. Les paupières s'alourdissent, tout le monde replonge petit à petit dans le sommeil.


10h.
Quelle meilleure façon d'arriver dans la ville sacrée du pays ?
Le orange est porté par des gens pieux, ceux qui ont resquillé le train voyageaient pour se rendre à des célébrations religieuses. Puisqu'il n'y a pas assez de place dans les trains, ils les envahissent. Alors quand on descend sur le quai après une nuit au sommeil entrecoupé, on est déjà plongés dans l'ambiance d'une ville dont le nom résonnait dans ma tête comme un appel. Varanasi… j'en ai souvent entendu parlé, écoutant d'une oreille distraite en pensant qu'y aller ne pouvait être qu'un rêve lointain.


Comment décrire le coup de cœur qu'on a eu pour cette ville...

Des rues chaotiques sans règle de circulation, et pourtant sans accident.
Du bruit, du bordel, de la vie.
Une ambiance particulière qui flotte dans l'air...


Un calme étrange quand on s'engage dans des ruelles labyrinthiques pour aller trouver une guesthouse pas chère, avec un toit-terrasse où les brises du vent sont un délice dans la chaleur pesante de la mi journée. Une rencontre avec le manager du lieu qui nous propose de nous emmener à une puja ce soir : cérémonie quotidienne au bord du Gange. Une plongée au cœur de la vieille ville, guidés par cet homme qui ne demande rien en retour. Une découverte des rituels hindous qui ont lieu tous les jours en l'honneur du fleuve sacré. Une légère aversion pour le commerce touristique qui y est pratiqué, et en même temps le ressenti du mysticisme de la scène qui se déroule sous nos yeux. Un retour par la rue principale où les piétons se mélangent aux voitures, tuk tuk et motos dans une ambiance surréelle.


Parfois j'ai l'impression d'être dans un film.

Un matin on monte sur une barque avant l'aube.
L'atmosphère est belle, silencieuse.
Le soleil se lève et la ville se réveille.


Marcher, se perdre.
Croiser des vaches, partout.


Retourner dans les ruelles animées qui s'illuminent le soir.

Les cinq sens en ébullition.

Les klaxons des motos qui se faufilent entre les passants, les voix des indiens qui discutent, hèlent les passants, quelques accords de sitare, des cloches, un brouhaha. Les odeurs de saleté mêlées à celles de nourriture, les fritures, les épices. L'irrégularité des dalles et pavés sous les pieds, la proximité des passants dans les allées exigües, les mouches qui se posent sans cesse sur notre peau, les mains des enfants qui parfois veulent serrer les nôtres. Le goût d'un lassi si bon qu'on y reviendra une deuxième fois. Les couleurs des tissus dans les petites échoppes, celles des saris des femmes, celles des maisons imbriquées les unes à côté des autres, le orange des holy people et le blanc des vieux sadhus au regard pénétrant, les lumières qui donnent vie à toute l'agitation.

(Et le sixième sens, alors ?)


Un soir on marche jusqu'à Manikarnika, le "burning ghat", là où le feu détruit l'enveloppe charnelle des morts qui accèdent au nirvana. Les yeux piqués par la fumée, on écoute les explications d'un indien qui nous a conduit sur une terrasse pour qu'on voie mieux l'endroit.

Il y a quelques rencontres, des échanges, autant avec des touristes que des locaux. Un mélange, une humanité concentrée dans une ville qui ne peut laisser indifférent.

Le dernier matin on part au hasard.
La chaleur monte, on s'arrête prendre un cold coffee dans un endroit aux murs tapissés de bambous. Les sons de la rue s'effacent, le calme et la quiétude s'imposent.


Trois jours, sans se presser.

Varanasi se raconte difficilement ; il faut y aller pour comprendre. Les avis s'opposent, on a vu des voyageurs partir sans sourire... Mais elle m'a plu, cette ville chaotique pleine de couleurs. Et si on en a l'occasion, on y reviendra sans hésiter.
 

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