samedi 1 août 2015

Un nouveau départ.

Elle est belle, la vie, à Ipoh.

Le volontariat prend des airs de vie collective entre amis.
L'accord tacite de quelques heures de travail contre l'hébergement gratuit est accessoire ; avec Lucas on dessine sur les murs parce que ça nous fait plaisir, parfois des journées entières. Le soir on boit des bières avec Eva, la propriétaire des lieux, qui nous emmène souvent manger dans des endroits qu'elle connaît et où on la laisse commander pour nous sans jamais être déçus, bien au contraire. Avec sa communauté majoritairement chinoise, Ipoh est reconnu pour sa bonne nourriture ; on nous a dit "Oh you will get fat here !", et on comprend pourquoi.

Le temps s'étire, partagé avec de belles personnes.


J'ai écris à quel point tout va bien sans aucune envie de penser à l'après-volontariat, le regard fixé sur le présent. Même si je sais qu'elle arrivera, la fin... L'envie de rentrer en France ne m'a pas quittée et, si je dois faire des plans, je me vois retourner quelques jours à Tioman puis prendre un avion pour faire une pause dans le voyage, passer une paire de mois à la maison avant de repartir. Sauf que... une toute petite question vient tout chambouler.

"Ça t'dirait de faire l'Inde ?"

Un coup de tonnerre dans la tête.
Un éclair tombé droit sur le cœur.

Aller en Inde ? Bien sur que j'en ai envie.
Dans deux semaines ? Pour un mois ? Avec Marc, que je connais à peine ?

...

Je m'empêche de répondre immédiatement, juste pour être sure de la décision...
Une heure passe, puis deux...
Seule dans la guesthouse, le nez sur mon dessin mural, Aurélie au téléphone.
Le cerveau bouillonne, déborde de pensées. 
Le temps file et la certitude grandit, un « why not ? » résonnant aux oreilles. C'est comme pour la Birmanie, une idée imprévue qui s'insinue dans la tête et ne semble ni raisonnable ni logique, mais fait tellement sourire qu'il est impossible de l'écarter d'un clignement d'oeil. Pourquoi pas… La logique m'importe peu, j'adore ce sentiment d’excitation propre aux changements d'itinéraire de dernière minute. Je ne me suis engagée nulle part, habituée à garder la porte ouverte aux envies soudaines. À Tioman, j'avais dit I can't promess. En France, j'ai toujours gardé un peut-être. Et suivre cette nouvelle direction me fait bien plus envie… Alors, pourquoi pas ? J'avais envisagé de faire une escale en Inde avant de rentrer à la maison, puis oublié l'idée par manque d'envie d'y voyager seule. Et au-delà d'une simple compagnie pour se rassurer dans un pays qui peut être peu sécuritaire pour les femmes, Marc est surtout la personne parfaite avec qui y aller : il a une soif de liberté, de découvertes et de rencontres qui m'entraîne, on a une façon de voir la vie assez similaire, et puis je le disais la dernière fois : y a des gens comme ça dès qu'on les rencontre on sent une connexion, le courant qui passe. Alors... vraiment, pourquoi pas ?

Le lendemain matin, il arrive à Ipoh pour travailler lui aussi dans la guesthouse.
Des grands sourires, et c'est inutile de dire un mot, il connaît ma réponse.

48 heures plus tard, j'ai mon visa et un billet d'avion.

[...]



On est maintenant quatre volontaires à aider Eva. Louise, une anglaise, s'occupe des check-in et du ménage, Marc aménage un salon en palettes avant de se mettre lui aussi à décorer un mur, Lucas termine son dessin dans un angle… et repousse son départ, toujours retenu par quelque chose : une soirée couchsurfing organisée dans la guesthouse, sa moto en panne, l'idée de prendre quatre rendez-vous pour encrer des lignes sur nos bras (encore une envie soudaine décidée d'un « pourquoi pas » qui fait sourire) (mais la tatoueuse à l'humour cinglant et pas forcément compréhensible le fera changer d'avis, et il n'y aura que trois bras encrés)...

Une jolie vie en communauté.
Des échanges, du partage.
Une parenthèse, une bulle.


Les jours s'enchaînent, le sommeil manque, les soirées se succèdent, le dessin sur mon mur grandit au rythme lent de l'accumulation de petits traits, et le salon se transforme. Après avoir suggéré à Eva d'acheter des néons de lumière noire, Marc a l'idée d'ajouter sur les murs de la peinture fluorescente. Ça devient fou ! On peint de la lumière, partout, la nuit l'endroit devient psychédélique, rêveur...

(Puis évidemment à un moment ça dégénère et on peint sur nous-même.)

(photos de Louise)

On me demande si je pense pouvoir finir mon dessin à temps, puisque le départ pour l'Inde fixe une limite ; je réponds que plus j'en ai, du temps, et plus j'ajouterais de détails ; mais je ne pourrais jamais penser qu'il est terminé ; dans ma tête il s'étire à l'infini. Ce mur, c'est un peu l'aboutissement d'un long chemin. Une preuve à moi-même, bien plus qu'aux autres, de ce que je suis capable de faire. Les compliments des gens d'ici, de ceux de passage, ou à travers internet, me surprennent toujours autant qu'ils me ravissent.

(Petit à petit ça rentre dans mon crâne...
Are you an artist ?
Heum... yeah, maybe, kind of !)


Marc décompte les jours avant l'Inde...
Mais d'abord arrive le moment des aux-revoir.

Trois semaines de parenthèse qu'on referme en deux jolies soirées.

Lucas part le premier sur sa moto qui peine à démarrer, puis Marc et moi en bus pour Kuala Lumpur.

Si vite...
(Alors mon dessin est terminé.)
Les preuves de notre passage sont partout sur les murs, souvenirs aussi indélébiles que ceux qui resteront dans nos mémoires.


Une pause à Kuala Lumpur...
Pour la dernière fois.
C'est plus pareil ici, ma tête est déjà ailleurs.

Ce soir on quitte la Malaisie, on s'envole pour l'Inde, on reprend la route.
Aujourd'hui c'est le calme avant la tempête.

4 commentaires:

  1. Encore une fois : whao !
    Ton dessin, tes mots, tes photos.... Encore une fois merci de partager tout cela.
    Tu vois cela fait des semaines que mon envie d'écrire s'était un peu éteinte. Tu l'as ravivé grandement.
    Merci ! :)

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    1. Merci énormément à toi qui m'encourage aussi à écrire comme ça ! Savoir que je peux inspirer, ne serait-ce qu'un tout petit peu, à écrire ou voyager ou n'importe quoi d'autre, c'est en grande partie ce qui me pousse à continuer ! :)

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  2. Moi aussi... encore une fois... WOAW !
    Si tu inspires certains à écrire ou voyager, tu procures aussi à d'autres du plaisir rien qu'à te lire, alors oui, bien sûr, il faut continuer à nous enchanter !

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    1. Et ben, encore une fois, merci !! :)

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