samedi 8 août 2015

Arriver à Kolkata, débarquer en Inde les yeux grands ouverts.

Décollage imminent... 
Quitter la Malaisie met fin à presque huit mois de voyage par voie terrestre. 
Les papillons remplissent mon ventre, j'ai finalement réalisé la réalité de la décision prise il y a deux semaines. La nervosité et l’excitation ont grandi au fil des heures, toute la journée, jusqu'à ce moment. Assise dans l'avion, avec Marc de l'autre côté de l'allée centrale, un grand sourire sur mon visage et les mains agitées qui jouent avec une bague comme pour tenter d'occuper l'esprit.

Le bruit du moteur s'intensifie, ça y est...
On s'envole !
Je n'irais jamais jusqu'en Nouvelle-Zélande sans avion...
Tant pis, tant mieux !
Le hasard des errances est parfait, je ne voudrais être nulle part ailleurs.


À 23h30 à Kolkata, il est 2h en Malaisie.

Les formalités de l'e-visa traînent, et quand on sort de l'aéroport il est déjà plus d'1h.
C'est étonnamment calme...

La longue file de taxis ne nous saute pas dessus, aucun stress, on en prend un en prépayé et les rues défilent, désertes, la pluie tombe de plus en plus, à l'abri du véhicule j'ouvre grand les yeux en retrouvant ce sentiment d'arriver en terre inconnue. Les hôtels pas chers sont fermés à cette heure, et on n'a rien réservé parce qu'au dernier moment notre couchsurfeur nous a dit ne pas pouvoir nous accueillir à cause de la pluie... mais l'inquiétude est tue par l'idée rassurante d'être à deux. Le chauffeur de taxi dit connaître des endroits pas trop chers et nous y conduit ; le premier est hors budget, mais le prix du second est bien plus correct et négocié par le conducteur qui nous enlève tout mauvais a-priori sur la réputation du métier dans son pays (non, ils ne sont pas tous voleurs et arnaqueurs). 

Après une courte nuit et un petit déjeuner local dans l'hôtel en essayant d'organiser la suite, il est finalement temps d'aller voir la vie de l'autre côté de la porte, et plonger en Inde...


Marcher au hasard.
Les yeux grand, très grand ouverts.
Tout est différent...
Les ruelles, les vieux bâtiments aux murs décrépis, les fils électriques qui s'étirent chaotiquement, les gens qui parfois dévisagent, fixent un regard noir, curieux, ou souriant, amusé... Les klaxons, les odeurs, la saleté, la nourriture de la rue, les chèvres et les vaches qui sont ici aussi naturelles que les chiens et chats errants. Toute cette vie, ça ramène les papillons dans mon ventre ; on y est, là, pour de vrai, on est en Inde ! Un genre de choc culturel ; les repères ont disparus et on se retrouve jetés dans un univers où tout est à découvrir et apprendre. Apprécier ou pas ce sentiment dépend probablement des conditions dans lesquelles il arrive ; pour moi, aujourd'hui, il est agréablement déconcertant. La vague idée que j'avais de l'Inde est autant confirmée que contredite ; c'est ça, le décor... mais j'y suis physiquement et tout est différent, réel. Et puis ce n'est pas aussi bruyant qu'on le pensait, il n'y a pas autant de bordel qu'on nous l'avait dit... Ou peut-être que mon regard est influencé par les quelques mois de voyage en Asie ? Si j'étais venue ici il y a huit mois, je me demande bien comment je l'aurais vécu...


Le couchsurfeur qui avait annulé son invitation à cause du mauvais temps nous a donné le contact d'un de ses amis ; à 16h30 celui-ci vient nous chercher avec son fils devant l'hôtel (qu'il nous dit être situé dans un des pires quartiers de Kolkata) (... mais je suis bien contente d'avoir eu cet endroit comme premier aperçu de l'Inde).

Il nous emmène retrouver trois autres voyageurs qu'il héberge, on boit ensemble un de ces thés chai au lait et épices qui se trouvent partout dans les rues, on remonte dans la voiture à sept, on pose nos sacs dans son bureau, là où on dormira, et on repart jusqu'à chez lui pour une belle soirée d'échanges.


Le jour suivant, on parcourt la ville avec les autres voyageurs, un Russe et deux Argentins ; ces derniers ont prévu de partir dans la même direction que nous après Kolkata, alors on va ensemble prendre un billet de train pour Varanasi (et attendre plus d'une heure trente dans la pièce climatisée où le temps s'étire lentement). Et puis il y a un temple, un lac, beaucoup de marche, quelques errances, toujours les yeux grands ouverts...


Les rues grouillent parfois, un peu.
L'agitation, le bruit...

Constater avec surprise le calme intérieur.
Il faut savoir lâcher prise, oublier les klaxons...
À croire que ces mois de voyage m'ont rendue zen.


En fin de journée on s'égare, un peu, on perd le chemin, on change de direction, demi tour... et après deux heures on arrive finalement chez Jojo, notre hôte. Fatigués, on s'écroule dans les fauteuils en câlinant le gros labrador familial. Un thé nous est servi, et les paroles fusent, l'histoire d'un père qui fait tout pour protéger son fils ; ces échanges-là montrent la valeur du couchsurfing.


Le lendemain on part à deux vers Victoria Monument.
C'est bien plus facile qu'à cinq, de trouver son chemin sans soucis.

Puis on retrouve les Argentins, on dit au revoir à Jojo, et on file à la gare.

Après trois jours à Kolkota, on est pas mécontents de partir. La ville était parfaite en point d'entrée, ici les gens sont plus "relax" qu'à Delhi... mais la destination suivante nous appelle, pleine de mysticisme, le nom de Varanasi résonne dans ma tête en échos de récits de voyageurs entendus depuis des années.


20h, le pire train couchette que j'ai pu voir depuis le début du voyage démarre.
Le "pire"...
Mais ça me fait tellement sourire, d'être ici.
 

2 commentaires:

  1. Magique... le récit... ta découverte... ton approche... les photos... et tu sembles plus à l'aise pour prendre les gens, non ?

    " À croire que ces mois de voyage m'ont rendue zen. " Moi qui te connais quand même un peu, je pense que tu avais de belles prédispositions à la zénitude... pour ça que tu vis aussi bien cette odyssée... ;)

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    1. Plus à l'aise pour prendre les gens en photo, peut-être... Déjà en Birmanie j'avais progressé là-dessus ! Et la zénitude, je sais pas si j'avais des prédispositions mais en tout cas ce voyage-là m'a sans aucun doute fait beaucoup évoluer dans ce sens...

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