lundi 20 juillet 2015

Malaisie : une pause dans l'errance.

Tioman - Melaka - Kuala Lumpur - Ipoh...
Sourire, sourire.
Tout s'est enchaîné parfaitement.

Où peut-être que ça remonte à encore plus loin ?

Fatiguée de voyager après la Birmanie, j'ai dessiné intensivement. Comme un exutoire, un passe-temps pour vider la tête. Des compliments encourageants ont accru l'envie de gribouiller, et ça m'allait bien de ne presque pas sortir du cocon chaleureux de la guesthouse de Kuala Lumpur.

So you are an artist ?
I don't know...
(Ça veut dire quoi, "être un(e) artiste" ?)


Puis on a repris la route, avec Aurélie. À Singapour j'étais plus heureuse de retrouver un ami que de découvrir un nouveau pays. À Tioman, le manque de motivation dû à la lassitude du voyage a laissé la place à une langueur de vivre au présent. Un dive instructor nous a proposé de passer le premier niveau de plongée à moitié prix, j'aurais dit oui aussitôt si rien ne m'appelait ailleurs... Mais je voulais retrouver un ami à Melaka : rencontré en France il y a plus d'un an, on s'était dit qu'on se reverrait en Nouvelle-Zélande ; seulement l'Asie m'a retenue bien plus longtemps que je ne le pensais, il a quitté l'Océanie, et c'est finalement en Malaisie que nos routes se sont rapprochées. Impensable de manquer l'occasion !

Alors est parties, après une courte nuit, j'ai dit goodbye à l'île...
(I can't promess but maybe I'll come back.)


Deux heures de bateau, deux heures de bus, et encore deux autres, puis un bus de ville...
Stop, Melaka. 
Trouver une chambre, poser les sacs, prendre le téléphone...

Lucas arrive avec Marc, un ami / compagnon de route par intermittence, et deux allemands croisés dans un bus. On parle en anglais pour que tout le monde comprenne ; j'ai envie de parler en français pour rattraper le temps plus vite, sans devoir chercher les mots. Un empressement de partager, d'échanger, avec Lucas comme avec Marc ; y a des gens comme ça dès qu'on les rencontre on sent une connexion, le courant qui passe.

Deux jours.

Aurélie a de plus en plus mal aux pieds depuis Tioman (à cause de ce qui s'avèrera être des sandworms, des vers dans ses orteils...), marcher lui est si pénible qu'elle fini par renoncer à sortir de la guesthouse. Moi je passe du temps avec Lucas et Marc, je visite à peine la ville (mais faut-il préciser encore qu'en ce moment j'ai plus envie de contacts humains que de découvertes géographiques ?), et me questionne sur la suite du voyage. Retourner à Tioman ne peut se faire avant deux semaines, parce qu'avec la fin du ramadan l'île est pleine de vacanciers. Je voulais retourner à Kuala Lumpur, mais... si longtemps ? En quête d'une idée de dernière minute, j'épluche les possibilités de volontariat sur workaway et quatre mots accrochent mon regard : "free art wall painting"... Dessiner sur le mur d'une guesthouse... Il y a à peine un mois je ne me serais pas sentie à la hauteur ; mais là, la tête pleine des encouragements récents, j'hésite à peine : un mail, un lien vers des photos de mes dessins, et les dés sont jetés.


Le 7 juillet ça fait 7 mois qu'on est parties avec Aurélie.
On fête ça à quatre, avec Lucas et Marc, sur une terrasse au bord de la rivière de Melaka.
Des rêves dans les yeux.

Demain on part : eux vers Ipoh, nous à Kuala Lumpur. Deux jours à peine, une belle retrouvaille, une jolie rencontre... Ça me ferait plaisir de les recroiser au hasard de la route ; rien n'est fixé, eux aussi voyagent en laissant les portes ouvertes aux imprévus, mais Marc me dit être intéressé par le volontariat dans la guesthouse, si jamais j'y suis acceptée, et Lucas va rester encore trois mois dans les environs. Alors qui sait...

En rentrant il y a un message dans ma boîte mail.
What you drew is exactly what I love! I would be very happy to host you until anytime!
[...]
!

 
À Kuala Lumpur, toujours au même endroit, je retrouve une poignée de gens qui rendent l'endroit si agréable à vivre. De belles rencontres, ici aussi. À peine arrivée je me sens chez moi, entourée d'une ambiance familière et familiale.

Un nouveau mail au sujet du volontariat me fait ouvrir des yeux tout ronds :
Your friend is waiting you in Ipoh - Lucas :D so we are looking forward for your arrival !!
[...]
!?
Les explications arrivent plus tard :
Lucas était parti à Ipoh pour voir une moto d'occasion, laissée par les anciens propriétaires chez une couchsurfeuse. Il l'a achetée pour trois fois rien mais devait faire quelques réglages avant de pouvoir voyager avec ; alors Eva, gérante d'une guesthouse, lui a proposé de dormir dans son dortoir en échange d'un coup de main à l'accueil et au nettoyage, le temps de bricoler la moto. En arrivant là-bas il a vu des dessins sur les murs et, en discutant, s'est rendu compte que c'était là que je devais faire mon volontariat.
Un hasard parfait.

La hâte d'arriver là-bas se confond avec l'envie de traîner ici.

Un jour passe, puis deux.
Le temps file bien vite cette fois dans la capitale.
Une dernière soirée bien entourée, des au-revoir, et déjà je n'y suis plus.
On se sépare encore avec Aurélie ; elle avait une autre route en tête.

En quelques heures de bus une page se tourne, et voilà un nouveau chapitre du voyage à écrire.


Accueillie à Ipoh par Lucas sur sa moto, je m'installe pour une durée indéterminée (jusqu'à ce que le mur soit rempli...) dans la guesthouse d'Eva. Elle nous emmène aussitôt boire une snow beer (bière très froide versée rapidement dans un verre gelé = plein de mousse glacée), et l'ambiance est posée.

Un jour passe, à visiter la ville.
Puis les doigts me démangent, le grand mur blanc m'appelle.
  
Le temps file, j'oublie d'écrire dans mon carnet, la tempête dans ma tête pleine de questions sur la suite du voyage s'est effacée, il n'y a plus qu'un grand ciel bleu, les yeux fixés sur aujourd'hui et plus aucune pensée vers demain. J'ai trouvé ici un nouveau cocon au quotidien un peu banal à décrire. C'est comme il y a un an et demi, sur l'île de laponie norvégienne : sourire d'une vie simple, sans autre raison qu'être bien entourée et avoir une occupation agréable. Se contenter de peu, parce que ça suffit au bonheur du présent. Se réveiller tôt, tous les matins, par empressement de profiter des journées. Se coucher tard, tous les soirs, pour étirer le temps partagé.

Ça fait déjà dix jours.

Mon sac s'est enraciné. Le mur blanc se remplit doucement, tranquillement. Des projets et des envies germent dans ma tête, en idées floues. Bientôt il y aura un léger changement : Lucas va reprendre la route sur sa vieille moto asiatique, et Marc me rejoindra pour quelques temps.


Parfois l'univers tout entier semble nous pousser dans une direction. Tout se concorde et coïncide, tout s'arrange comme il faut (et on occulte les détails qui ne fonctionnent pas puisque tout le reste va si bien). En voulant répondre à un mail reçu depuis plusieurs semaines, j'y ai trouvé à sa relecture des mots justes, résonnant parfaitement avec mes pensées d'aujourd'hui. 

"Les gens font ils les lieux ? 
Oui."
"Nous sommes en quête du lieu acceptable. 
Celui qui nous fera être. Ici, là, ailleurs ? 
Notre regard ne suffit pas. Il y faut une présence, un écho, une humanité, une vie propre."


Et sur ces quelques lignes rebondissent celles d’Alexandre Laumonier, relayées par Raymond Depardon :

"L’errance, terme à la fois explicite et vague, est d’ordinaire associé au mouvement, et singulièrement à la marche, à l’idée d’égarement, à la perte de soi-même. Pourtant, le problème principal de l’errance n’est rien d’autre que celui du lieu acceptable.

L’errant en quête du lieu acceptable se situe dans un espace très particulier, l’espace intermédiaire. A l’espace intermédiaire correspond en fait un temps intermédiaire, une temporalité que l’on pourrait qualifier de flottante. Ce temps flottant est le temps du regard sur l’histoire, où l’errant s’interroge sur le passé en même temps qu’il réfléchit sur son futur proche.

L’errant s’efface, devient silencieux, il se livre à l’expérience du monde, c’est pourquoi il ne peut y avoir d’errance immobile.

Les lieux semblent se ressembler de plus en plus, tout est partout en même temps, la singularité s’efface au profit d’une globalisation, non plus celle des lieux, mais celle de tous les lieux.
L’errance est certainement l’histoire d’une totalité recherchée.

Car l’errance n’est ni le voyage ni la promenade, etc. Mais bien : Qu’est-ce que je fais là ?"


Mais j'emporte le sujet un peu loin, il y aurait tant à en dire.
Une autre fois peut-être... 
Pour le moment, je retourne profiter de mon lieu acceptable tant qu'il existe.

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