samedi 13 juin 2015

Est-ce qu'il est temps de rentrer ?

Quitter la Birmanie, c'était arrêter une course.
J'ai aimé ce pays, bien plus que n'importe quel autre.
J'en suis sortie essoufflée, tout en ayant envie d'y retourner (mais alors différemment, plus lentement...). Il y avait tant à voir et on n'avait qu'un mois (oh, oui, un mois c'est court pour un pays entier... même si ça peut paraître beaucoup à certains). Ça a été quatre semaines intenses, riches, physiquement et moralement épuisantes, qui m'ont fait beaucoup réfléchir comme au Laos. Difficile de digérer tout ça.

En passant la frontière, de retour en Thaïlande, j'ai envie de faire demi-tour.
Pas envie de retrouver ce pays-là.
(Ni aucun autre, en fait.)

Il y a un jour de repos à Mae Sot, la ville frontalière, plein de lassitude.
Mais je ne me sens pas bien ici, il faut que je bouge.
(10h de bus...)
À Bangkok, j'ai envie de fuir.

Mais pour aller où ?


Est-ce qu'il est temps de rentrer ?

Je suis fatiguée de voyager, lasse d'enchaîner les endroits "à voir" en jouant les touristes. J'ai envie de me sentir utile, que tout ça ait du sens, besoin de me (re)poser. Reprendre la route là où elle s'était arrêtée avant la Birmanie m'épuise d'avance, aller jusqu'en Nouvelle-Zélande pour m'y poser un temps me paraît si loin, si difficile ! Le temps d'une matinée, rien que devoir me rendre à la gare pour prendre un billet de train me semble presque insurmontable...

La question tourne dans ma tête depuis déjà plus d'une semaine.
Et à force d'y penser, je ne me vois pas continuer à voyager.
Simplement parce que l'envie manque...

Mais pas question de se précipiter en prenant un aller simple pour la France. D'abord il faut rejoindre Aurélie ; là, seule dans une grande ville que je n'ai jamais réussi à apprécier, la tête encore en Birmanie, je ne peux pas raisonnablement décider de quoi que ce soit. En plus ce n'est pas la première fois que je pense à rentrer, c'est arrivé au Cambodge, mais je suis toujours là trois mois plus tard ; preuve que les envies changent... Et dans tous les cas, je veux quand même aller à Singapour pour y retrouver un ami rencontré il y a deux ans en Islande.

Alors... il faut bien aller le prendre, ce billet de train.


En route pour la Malaisie, je retrouve celle avec qui je suis partie presque six mois plus tôt.
(Elle dit qu'elle me trouve changée.)
Ça fait du bien de la revoir, c'est rassurant un visage familier.
(Et elle, elle a l'air tellement sereine aujourd'hui.)

Avec un ami qu'elle a rencontré à Langkawi, on retourne à Kuala Lumpur pour poser nos sacs dans cette guesthouse qu'on avait quittée un mois plus tôt. Le patron nous accueille d'un « good to see you back ! ». Un jour et deux nuits passent, des repères familiers reviennent. Puis on quitte la grande ville vers sa banlieue, l'ami d'Aurélie nous invite dans sa famille. Là-bas un jour passe, puis deux, puis trois, puis quatre… Le temps est ralenti. On ne fait rien de spécial, la vie coule doucement, les questions restent en suspens. Il n'y a ici ni avant ni après ; rien d'autre qu'aujourd'hui. Une parenthèse. Après une soirée à laquelle on avait été chaleureusement invités à rester, on retourne à Kuala Lumpur ; toujours dans cette même guesthouse... c'est un peu comme si je rentrais à la maison. On y retrouve des gens, des habitudes, les repères familiers. On reste un jour, puis deux, puis trois... Les questions reviennent : comment poursuivre, quand aller à Singapour, est-ce que je veux toujours vraiment rentrer ? Aucune réponse évidente. Inutile de se presser, quelle que soit la direction. Aucune envie de me presser, de toute façon. Je suis fatiguée. L'ami d'Aurélie s'en va, mais nous on n'a pas la santé pour partir. Elle va voir un ostéo qui lui remet en place beaucoup de choses, je vais voir un médecin qui dit que mon angine est virale et qu'il n'y a qu'à attendre... puis le lendemain, alors que je ne peux même plus boire de l'eau sans fermer les yeux de douleur, un autre docteur pense que c'est bactérien et me donne antibiotiques et pain killers. Enfin je peux dormir (assommée). La fièvre disparait, les amygdales dégonflent, les muscles et les os d'Aurélie sont remis en place...

Alors, on peut repartir... ?
Oui, oui, on va y aller.
Bientôt...
(... quatre jours, puis cinq, six, sept...)
Après la course, une pause dans un endroit familier est rassurante.
Ce n'est pas la France, mais ça suffit.


Le temps s'est étiré, les questions ne se posent plus.
Finalement, après tout ça... l'envie de rentrer s'est tue.
Et celle d'aller en Indonésie est revenue.
Il suffisait d'un peu d'immobilité, de temps vide.
De visages connus, de sourires, trois fois rien.

Je ne veux pas me précipiter, nulle part.
Ni en France, ni dans un autre pays.

Est-ce qu'il est temps de rentrer ?
Pas encore, pas tout à fait.
Bientôt ?
...
On verra bien.
 

7 commentaires:

  1. Oh oh, ne serait ce un léger coup de blues ? :)

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    1. Un peu de lassitude après de longs mois de voyage, un léger coup de blues presque déjà passé... il suffit de ne pas se presser, et laisser toutes les portes ouvertes !

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  2. Je reviens au tout début du texte :
    " J'ai aimé ce pays, bien plus que n'importe quel autre. "
    Je m'en doutais... c'était palpable à travers tes récits... mais je me demande pourquoi... pourquoi celui-là plus, bien plus que les autres ?
    Arrives-tu à l'expliquer, à en cerner les raisons... ou est-ce de l'ordre du ressenti... des impressions... de l'indéfinissable et inexplicable... comme un coup de foudre ?

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    1. C'est dû à l'expérience personnelle que j'y ai eue, au contexte, au fait que je ne connaissais rien du pays et donc ne m'attendais à rien et m'y suis laissée surprendre. Si j'y avais été à un autre moment, dans d'autres circonstances, j'aurais peut-être pas apprécié autant ! Mais pour les raisons explicables, c'est aussi beaucoup dû aux Birmans : des sourires partout, la curiosité, l'ouverture, la simplicité, les compliments, l'envie d'aider, l'honnêteté...

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    2. J'ai une autre explication...
      C'est dans les gènes !!!
      J'ai appris qu'un oncle de ta mamy est aussi "tombé amoureux" du pays et de sa population... il y est parti tout jeune comme missionnaire et y est enterré quelque part...
      C'est comme les jumeaux, ça saute des générations... hihihi :))

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  3. Quelle bonne surprise, Gwenola, de découvrir tes voyages, et toutes les ressources qui en découlent de toi. Je le savais!!!! Ta maman que je rencontre parfois parle de toi avec émotion. Je comprends! Tu permets ainsi à un de tes vieux professeurs d'Anglais (je vous l'avais dit que c'était utile!!) de t'accompagner un peu dans ton périple! Continue! [ dominiquetesson@wanadoo.fr

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    1. Un grand merci pour ce message !
      A l'époque, moi, je n'aurais jamais pu imaginer qu'un jour je voyagerais autant... mais effectivement, l'anglais s'est avéré très utile :)

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