mercredi 3 juin 2015

Birmanie : les temples de Mrauk Oo.

L'état d'Arakan (ou Rakhine, comme l'appelle le gouvernement actuel) est zone de conflit entre bouddhistes et musulmans. Jusqu'à récemment il était fermé aux étrangers, à l'exception de certains endroits auxquels on ne pouvait accéder que par avion. Pour visiter Mrauk Oo, il fallait atterrir à Sittwe puis remonter une rivière en bateau. Aujourd'hui les routes sont ouvertes, même si encore très contrôlées, et les touristes peuvent rejoindre la région en bus.
 

Pourquoi aller s'aventurer dans une région aujourd'hui encore "formellement déconseillée" par l'état français ? 

Parce que les gouvernements jouent l'ultra sécurité en généralisant les endroits à éviter si des tensions y sont présentes, même si aucun combat n'est actuellement mené. La zone frontalière avec la Thaïlande est tout autant déconseillée, et on l'a traversée sans aucun problème. Mais, évidemment, ça ne veut pas dire que rien ne peut arriver ! Je ne dis pas qu'il faut y aller les yeux fermés, surtout pas ! À chacun de faire preuve de bon sens, s'informer pour mesurer le risque, suivre les recommandations ou pas, et surtout de rester à l'écoute de l'actualité.

Et puis ce n'est pas par goût du risque qu'on va là-bas.
Mais plutôt pour découvrir un petit joyau brut, un village encore si peu visité qu'on se sent privilégiés en y posant les pieds, l'ancienne capitale d'un royaume qui garde encore les traces d'une histoire riche...

Le trajet pour y arriver est déjà une aventure en soi.

Depuis Bagan, on connaissait la possibilité de prendre un bus jusque Magwe puis en attraper un autre en face d'une boutique de vêtements dans laquelle il faut acheter les tickets (...). On a trouvé (un peu) plus simple, dans une agence sur la route principale de Nyaung Oo (Bagan) qui vend des billets directs jusque Mrauk Oo : le prix est le même qu'en passant par Magwe, et le trajet tout autant découpé et inconfortable ; mais on paye tout d'un coup et nos places sont réservées à l'avance. On est conduits en voiture, depuis l'hôtel, dans une station de bus à quelques kilomètres de la ville. À 19h, on monte dans un bus assez confortable pour une bonne heure, jusqu'à un petit village où il nous faut attendre à un tea shop que le bus suivant arrive. Observés par les Birmans curieux de voir deux touristes à un endroit où probablement aucun ne s'arrête, on y mange la seule chose qu'on peut faire comprendre quand personne ne parle anglais : fried rice & chicken. À 21h, le bus reliant Mandalay à Sittwe s'arrête. On y monte en ouvrant grand les yeux, surpris, marchant sur des sacs d'engrais qui recouvrent l'allée centrale, enjambant des passagers qui dorment comme ils peuvent, et on s'installe aux places qui nous sont réservées, tout au fond d'un véhicule où la seule façon de ne pas avoir trop chaud est de laisser les fenêtres ouvertes. La nuit y est... plutôt inconfortable. Je somnole plus que je ne dors. Vers 5h30, on s'arrête pour le petit déjeuner et la toilette matinale commune à l'eau d'un puits. Plus loin il faut montrer les passeports à un poste de contrôle. À 9h30, le repas est offert dans une gargote de bord de route. Et vers 12h, finalement, on entend "Miaou, Miaou" : on est arrivés (parce que, oui, Mrauk Oo se prononce Miaou...).

On file au Prince Hotel, où la gentillesse du personnel nous fait oublier le prix un peu plus élevé que ce à quoi on s'attendait (de toute façon on est trop fatigués pour chercher ailleurs), on s'allonge pour quelques minutes... et on se réveille à 15h30 (on était vraiment fatigués...).

Finalement, après un café indispensable, on loue des vélos rouillés sans vitesses pour aller découvrir les alentours.


Contrairement à Bagan, ici les temples sont dans le village. Les maisons entourent les vieux bâtiments en briques, tout est mélangé, l'histoire fait partie du quotidien.

On s'arrête d'abord au temple Dukkanthein qui ressemble à une forteresse.
À l'intérieur, un couloir circulaire en escargot mène à une pièce centrale où se trouve l'habituelle statue de Bouddha.


Juste à côté, il y a Andaw...


On y assiste aux débuts du tourisme en rencontrant un homme qui va voir les étrangers avec une poignée de pierres qu'il a sculptées lui-même, à l'image de Bouddha ou d'autres figures mythologiques, et parle de sa femme et de sa fille qu'il veut envoyer à l'école. Il les vend 1000 kyats (moins d'1€), une somme ridicule pour nous mais d'une grande valeur pour lui.


Le lendemain, il pleut quand le réveil sonne à 6h.
(On se rendort.)
Le petit déjeuner sort de l'ordinaire : plutôt que les habituels toasts et œufs frits, on nous sert ici une noodle soup traditionnelle de la région, avec des bananes et du vrai café filtre. Le tout amené sur la terrasse de notre bungalow, pour qu'on n'ait pas à marcher sous la pluie... (Décidément on est bien reçu ici.)

Quand la pluie s'arrête, on reprend les vélos.


À Shittaung, le temple le plus connu, on s’acquitte du droit d'entrée de 5000 kyats avant de parcourir des couloirs intérieurs aux murs décorés de fresques, dont les couleurs ne se sont pas encore totalement effacées. Le cœur a été si bien rénové qu'il dénote nettement avec le reste, étincelant d'or et de lumières.


À Sakyamanaung, on est accueillis par des gamins qui nous interpellent, de loin, par un "money !" auquel on répond "no !"... Le tour de la pagode est rapide, on les retrouve à la fin et ils s'approchent, curieux, joueurs. En voyant mon appareil photo, l'un d'eux fait asseoir ses deux sœurs (?) et leur dit de me regarder.


Une parenthèse qui fait sourire...


Puis il y a d'autres temples, visités chaque fois pieds nus, des chemins de terre au milieu des maisons, des ruelles pleines de cailloux, des sourires des gens croisés, quelques mots échangés parfois, encore les nice tattoo, les compliments, les regards...

Le crépuscule approchant, on grimpe au sommet d'une colline parsemée de pagodes.
Un Birman nous y rejoint, nous ouvre le chemin en nommant les monuments qu'on voit dans le paysage, racontant des anecdotes dans un anglais très sommaire mais suffisamment compréhensible... Quand à la fin il nous demande "money ?" on n'est pas surpris, et on s'était déjà dit qu'on ne refuserait pas de lui donner un peu d'argent. Il est difficile de savoir quel comportement adopter là où le tourisme est encore si récent, où notre attitude peut encourager le pire comme le meilleur... Mais on si on réfléchit à une petite échelle, un cas précis, pourquoi ne pas aider un homme qui essaie de gagner honnêtement sa vie ?

Et le coucher de soleil, dans tout ça, est le plus beau qu'on ait vu en Birmanie.
Pas de brume cette fois !
La lumière dorée envahit le paysage, éclatante sur les briques rouges des stupas.
Tout le paysage se transforme...


Le lendemain, on part en bateau vers des villages Chin.
(Mais j'en parlerais une autre fois.)

Et le jour suivant on remonte sur les vélos. 
On n'a pas tout vu...
Il manquait surtout Kothaung, aussi impressionnant de loin qu'à l'intérieur. Les couloirs sont remplis de bouddhas, petits et grands, sculptures posées ou gravures aux murs. À l'extérieur ils sont tous alignés, plus ou moins bien conservés, parfois amputés ou recouverts de mousse.


Ici, encore plus qu'à Bagan, on est libre d'entrer comme on veut dans les temples. 
Personne ne surveille les visiteurs qui parcourent les couloirs des ces temples millénaires... 

Ici encore plus qu'ailleurs, à chacun de faire attention à ne pas dégrader l'endroit...


La chaleur nous a rattrapé, il faut à nouveau se cacher à midi.
(Et seulement enfourcher les vélos pour vite rejoindre un des rares restaurants locaux qui ont un menu en anglais... parce qu'on aime bien avoir le choix et ne pas se contenter du basique et facilement compréhensible fried rice & chicken.)
Un thermomètre posé au soleil indique 44°C...

Et la fatigue de ces semaines de voyage commence à se faire sentir.
On ralentit le rythme.
On profite de la chambre climatisée pour écrire, dessiner, trier nos photos...
Il n'y a pas d'internet dans cet endroit si reculé.
Jusqu'à récemment, aucun distributeur non plus. Et aujourd'hui on peut retirer de l'argent à la banque KBZ sur la route principale, après le pont en venant du sud-est.
(Certainement, prochainement, internet fonctionnera parfaitement ici.)


Voilà déjà plus de trois semaines qu'on est en Birmanie.

Et c'est bientôt la fin...
 

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