vendredi 1 mai 2015

Malaisie-Thaïlande-Birmanie : quatre jours sur la route.

Des avions relient Kuala Lumpur à Rangoon en quelques heures pour moins de 100€ : une solution de facilité pour rejoindre la Birmanie qui m'a fait hésiter... Mais un coup d’œil sur un comparatif de rejets carbones a fait lourdement pencher la balance. Et heureusement ! En choisissant de voyager par la terre le trajet s'est allongé, étendu dans le temps, et s'est aussi enrichi humainement, sans me coûter plus cher que l'avion.


[Mode d'emploi en récit décousu.]

D'abord, il faut le visa.
Il suffit de payer, aucun problème pour l'obtenir (détails en fin de page).
Puis vient le moment de tracer l'itinéraire.

À la gare de Kuala Lumpur, acheter deux billets de train : le premier pour Butterworth (34 ringgits  en siège seconde classe, 8€), le deuxième pour continuer jusque Bangkok (103,90 ringgits en couchette, pas le choix de toute façon il n'y a que ça, 26€). À 21h il est temps de partir. Dire au revoir à Aurélie dans la voiture du patron de l'Oasis Guesthouse, qui a proposé de me conduire à la gare. Stresser un peu dans les bouchons, filer aussi vite que possible dans les couloirs de la gare KL Sentral, et monter dans le train.

La nuit dans un wagon dont les lumières ne s'éteignent jamais n'est que somnolence. Descendre à Butterworth à 5h30, les yeux à peine ouverts, et prendre un café 3en1 faute de mieux au seul stand ouvert dans les environs, au milieu de gens plus ou moins louches. Il faut attendre 8h pour le prochain train… Sur un coup de tête, prendre un ferry vers Georgetown pour 1,20 ringgit (0,30€). Retrouver une ville bien plus agréable que les abords de la gare de Butterworth. Marcher au hasard, s'arrêter pour un petit déjeuner, repartir au hasard. Reprendre le ferry (gratuit dans ce sens). Aller manger sur un stand près de la gare, où les regards qui dévisagent sont curieux et souriants. Attendre en discutant avec un chauffeur de taxi qui s'ennuie. Se rappeler à quel point voyager seul(e) attire les rencontres. 14h, finalement, monter dans le second train et sourire d'y voir bien plus de confort que dans ceux de Russie, de Chine ou de Mongolie. Faire connaissance avec les voisins : un Américain avec sa fille, effrayée par les toilettes turques et la nourriture qu'elle ne connaît pas, et un Malais-Canadien, cuisinier avide de bavardage. Rien à signaler à la frontière : le train s'arrête au poste de contrôle, un tampon pour sortir de Malaisie, un pour entrer en Thaïlande, un peu d'attente et ça redémarre. L'après-midi file en discussions. Éviter les plateaux repas chers et pas terribles, manger un nasi goreng (riz avec sauce épicée et anchois, emballé dans une feuille de bananier) offert par le voisin cuistot qui a prévu trop à manger. Observer l'employé du train faire les lits de tout le monde... et grimper, se cacher derrière les rideaux pour se laisser bercer.



Nuit peu reposante à nouveau, sur une voie ferrée Thaï plus remuante que celle de Malaisie. À 6H30, ouvrir les yeux et dire au revoir au Malais-Canadien qui descend du train, puis laisser défiler la route en silence. À Bangkok le trajet s'éternise, le train s'arrête régulièrement pour en laisser passer d'autres en sens inverse ; l'arrivée est à la fois proche et si lointaine... Descendre enfin en gare avec plus d'une heure de retard, et retrouver Roland au bout du quai.

Une pause dans le trajet.
On aurait pu continuer aussitôt en prenant un bus pour la ville frontalière de Mae Sot, mais une nuit de répit est bienvenue. Occasion de découvrir le quartier touristique de la capitale, Kao San Road, et d'avoir envie d'en repartir bien vite...


Rien de réservé à l'avance pour la suite, et à deux les plans changent.
Plutôt qu'un bus direct vers la ville frontalière, on choisit un trajet plus long mais moins cher, moins polluant, et plus drôle. 

Prendre un train pour se rapprocher de Mae Sot. Il y en a des plus ou moins rapides, des vieux ou plus récents, avec différentes classes... On prend le moins cher : à peine 2€ pour huit heures de trajet. Tous les wagons sont de troisième classe, fenêtres ouvertes et ventilateurs au plafond, avec des bancs en bois ou recouverts d'un fin coussin en mousse, et souvent branlants. La route est longue. Mais belle ! Une plongée dans la vie thaïlandaise. Le paysage défile, tout comme les vendeurs ambulants qui font d'inlassables aller-retours dans les allées avec leurs plateaux de barquettes de riz, les boissons dans des seaux pleins de glaces, le thermos d'eau chaude pour le café 3en1 et les nouilles instantanées, les sachets de fruits coupés, les salades, et puis tout le reste qu'on ne sait reconnaître. Des sourires suivent certains regards croisés. Tentatives de communication sans langage commun, terminés par des rires. La route est longue, mais vraiment pas monotone.

17h50, terminus à Phitsanulok. Au hasard des rues, en cherchant la station de bus pour voir si on pourrait aller un peu plus loin ce soir, on tombe sur un monsieur plein d'entrain qui nous renseigne. Puis propose une bière à Roland. À moi : « do you want a coffee, or... ? »... (une bière aussi, merci). On reste un moment avec lui, et puis on s'échappe. La nuit est tombée, pas moyen d'aller plus loin ce soir. Croiser un hôtel, demander le prix d'une chambre, et poser les sacs.

Quatrième jour. Suivant les indications du gars d'hier, on attend à un arrêt de bus où on ne trouve aucune information ; tout ce qu'on sait c'est que la route va dans la bonne direction. Un bus arrive : il va un peu plus loin vers la frontière, on saute dedans. 2h30 jusque Tak pour 94 bahts (2€60). Là, un minivan pour Mae Sot (78 baths, 2€), 1h30 dans les montagnes. Pause repas, 30 minutes de marche parce qu'on n'a pas envie de prendre un tuk-tuk, on s'éloigne pour essayer de faire du stop ; 2 minutes d'attente, 15 minutes à l'arrière d'un pick up, et... voilà, la frontière Birmane !


Une foule de Thaïs et Birmans défilent dans les deux sens. Pas un seul blanc en vue. On nous fait passer devant tout le monde pour sortir du territoire, puis on traverse le friendship bridge. De l'autre côté, un bureau foreigners nous est réservé : une fiche à remplir comme d'habitude, et nos passeports sont tamponnés. Quand on passe de l'autre côté c'est comme si on se plongeait dans l'inconnu. La cohue, la foule des gens et des véhicules, le bruit, la poussière, la chaleur...

On entend « Where do you go ? » dans un anglais approximatif, on répond « Hpa-An » dans un birman encore plus hasardeux. « Follow me », dit l'homme. Oui mais on n'a pas d'argent, et pas envie de se précipiter comme ça. Retirer des kyats à un distributeur, prendre son temps pour réfléchir. On voudrait trouver une station de bus. Quelques pas plus loin, à nouveau : « where you go ? »… celui-là nous demande 12000 kyats pour Hpa-An, on se perd dans les conversions : ringgits, bahts, kyats, euros, tout se mélange... et on accepte juste pour quitter cette ville au plus vite. Je n'aime décidément pas les villes frontalières. Il aurait pourtant fallu prendre le temps de réfléchir… (ou mieux, s'informer avant). Monter dans une voiture, partir, demi-tour, s'arrêter pour changer de voiture, puis attendre un autre passager pour la remplir. Ils demandent nos passeports pour faire des photocopies, pour les contrôles sur la route… Mais, non, pas question qu'on les leur donne comme ça ! Dans un anglais toujours aussi approximatif, on fini par se mettre d'accord pour aller faire les copies ensemble. Récupérer les sacs dans le coffre (ils s'en étonnent, mais je préfère me charger plutôt que de prendre le risque de tout voir disparaître), suivre un des gars, le laisser faire les photocopies, et… refuser de payer pour ça en plus du reste ; on dit qu'on a déjà donné l'argent pour aller jusque Hpa-An, qu'on ne déboursera rien de plus. Il insiste un peu, puis se résigne. De retour à la voiture, elle n'est plus là… Il faut attendre, nous disent-ils. Alors on attend. Longtemps. Des regards curieux sur nous, des tentatives de discussions, des explications rarement compréhensibles… On est en plein brouillard. Ils sont sympas à priori, ces gars-là. Mais rien n'est clair. Rassurée par la vue d'un hôtel de l'autre côté de la route, au cas où on ne partirait finalement pas aujourd'hui, je reste patiente sans pouvoir rien faire d'autre. Et puis à 17h, finalement, on nous fait signe : une nouvelle voiture nous attend, avec un troisième passager : un moine bouddhiste, ce qui est plutôt rassurant.


Jusque très récemment, la route pour quitter Myawaddy passait dans les montagnes et était à sens unique (différent un jour sur deux). Mais une nouvelle voie à peine terminée vient d'ouvrir, divisant le temps de trajet par 2. Elle est pleine de check points, où des billets de 1000 kyats (1€) sont tendus par la fenêtre comme droit de passage. Bienvenue en Birmanie. Le moine nous offre des cigarettes dans la voiture puis un café pendant une pause, discutant avec nous dans un anglais plus que correct. Et puisque lui et le conducteur sont plutôt sympas, on leur fait confiance pour le choix de la guesthouse à Hpa-An. La nuit est tombée depuis longtemps quand on y arrive, on n'a pas envie d'aller chercher plus loin que ce qu'ils nous recommandent.

La journée a été bien assez longue.
Mais belle, finalement.

Et le voyage en Birmanie ne fait que commencer...


[Note sur le visa]

À Kuala Lumpur, l'ambassade a décidé de déléguer les demandes de visas à l'agence Ever Fine (proche de la station Masjid Jarmek et de Chinatown). C'est très rapide, les visas sont fait le jour même ou pour le lendemain matin, mais il faut payer des frais supplémentaires (en tout 35€).

À Bangkok, d'après les infos de Roland, l'ambassade ouvre à 9h30 mais mieux vaut venir à 8h (déjà beaucoup de monde à attendre). Des minivans dans la rue permettent de faire les photocopies, photos d'identité, et de remplir le formulaire. Le visa peut se faire en 3 jours pour 25€, 2 jours pour 30€, ou un jour mais ce n'est apparemment pas fiable. Pour récupérer les passeports, l'ambassade ouvre à 15h30.

Dans les deux cas, il faut fournir 2 photos d'identité, une photocopie de la page d'infos du passeport, le formulaire rempli (où il y a une étrange question : « complexion », c'est la couleur de la peau qu'il faut indiquer). Pas besoin de billet d'avion.
 

2 commentaires:

  1. Yahou, bonne Birmanie ! Ici il flotte comme si c'était la mousson, mais à 14°C au lieu de 30 :D
    Bisous à Roland !

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    1. Ah, c'est pas pareil avec la chaleur en moins... j't'envie, tiens !
      T'aimerais la Birmanie je crois, garde l'idée pour un futur voyage : ici les rencontres avec les gens sont faciles, simples, et pleines de sourires.
      Bisous à toute la coloc' !

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