dimanche 10 mai 2015

Birmanie : à pieds, de Kalaw au lac Inle.


Prendre un bus de nuit en Birmanie, ça veut souvent dire arriver à destination à une heure dont on ne sait plus si elle est tardive ou matinale. Mais il y a toujours (?) quelqu'un pour attendre les touristes... En descendant à Kalaw à 1h du matin de la nuit sans avoir réservé d'hôtel, on se retrouve dans une chambre en cinq minutes en suivant un gars qui nous avait demandé si on savait où dormir. Ce n'est pas une heure à se poser trop de questions, le prix est correct, et on se rendort bien vite.

Le lendemain, on change de guesthouse pour aller dans la moins chère de la ville : Golden Lily. Pour une chambre à 7$ on a affaire à des gérants antipathiques, je perd un pantalon à cause d'un produit de nettoyage ultra corrosif, on peut à peine profiter d'un wifi encore plus aléatoire que dans le reste du pays, et on dort dans une chambre à l'insonorisation inexistante.
[...]
Parfois il vaudrait mieux dépenser un tout petit peu plus d'argent.

Mais peu importe, on ne compte pas rester plus longtemps à Kalaw.
Si on est venus ici, c'est seulement pour organiser la suite...


Kalaw est une ville agréable, mais peu s'y attardent. On s'en sert comme base, on y vient pour relier en deux ou trois jours de marche un des endroits les plus visités du pays : le lac Inle. Toutes les guesthouses proposent des excursions plus ou moins longues, et les agences sont nombreuses dans les rues.

Comment choisir ? Facile pour nous.
On avait entendu beaucoup de bien de Sam's family, petite agence de trekking qui exerce depuis des années. En poussant leur porte, on tombe sur un groupe de trois voyageurs intéressés par le même trajet que nous. On a des explications de Sam, on réfléchi à peine, et on se met d'accord pour tous partir ensemble (surtout que les tarifs sont dégressifs : de deux à six personnes, plus on est nombreux et moins c'est cher).

Pour 35$ chacun, on part pour deux jours de marche dans les montagnes Birmanes.


On a la chance d'avoir une guide parfaitement anglophone qui a grandi dans un village de la région, et un apprenti qui maîtrise encore mal l'anglais mais est plein d'enthousiasme, et sera notre cuisinier.

Après une petite heure en pick up, San Nya nous emmène sur un petit sentier dans la campagne. Dans un premier village Pa-O, on s'arrête pour boire du thé avec des habitants qui doivent voir passer pas mal de touristes. Une femme nous met des foulards sur la tête, de la façon traditionnelle dont ils les portent. On rit, on prend des photos, et on repart. Ça a quelque chose d'un peu faux et pas naturel, mais difficile d'éviter ça.

Plus loin, dans un autre village, des célébrations ont lieu pour la pleine lune. Ça a un rapport avec Bouddha, pour fêter à la fois sa naissance, son illumination et sa mort... Pas sure d'avoir bien retenu l'explication, mais en tout cas des tas de gens se regroupent près d'un monastère. Cinq blancs ne passent pas inaperçus, et les visages fermés sont aussi nombreux que ceux qui sourient en nous voyant. Un autre groupe de trekkeurs nous suit, les villageois doivent en voir passer tous les jours.


Sur le marché, San Nya nous explique comment sont faites les noix de bétel, si populaires des hommes Birmans. On en voit partout depuis qu'on est arrivés en Birmanie, fabriquées dans des petits stands de bord de route. Ce sont en fait des noix d'arec, râpées et emballées dans des feuilles de bétel. On y ajoute, selon les envies, des épices (cardamone, clou de girofle..), du tabac, de la noix de coco râpée, du lait de coco, des fruits séchés... Mais l'ingrédient le plus surprenant, celui qui rend les dents et la salive rouges après avoir chiqué une noix de bétel, c'est la chaux qui est badigeonnée sur la feuille. Oui, la même chose qu'on utilise dans la construction ! Elle permet de développer les propriétés de la noix et de la feuille.

Du coup, on aurait bien essayé, mais bon... une autre fois...


Tout comme on s'est habitués à voir les crachats rouges qui recouvrent le sol dans tout le pays, les jeunes moines en scooter ne nous surprennent plus (ni ceux qui fument d'ailleurs). Le bouddhisme étant religion d'état, les jeunes garçons doivent tous passer plusieurs jours dans un monastère pour leur éducation religieuse ; rien d'obligatoire pour les filles, mais c'est plutôt courant, on voit aussi beaucoup de petites nonnes en robe rose. Il y restent souvent sept jours (nombre porte-bonheur chez les bouddhistes), mais parfois plus, ou moins (la famille décide).


En fin de matinée, après avoir un peu grimpé dans les montagnes, on s'arrête pour déjeuner dans une maison d'un autre village. On constate que l'apprenti guide cuisine vraiment bien : soupe, noodles aux légumes, riz, crackers, mangues, caramels au sésame... Il y en a bien trop pour nous cinq, mais on se régale.

Avant de repartir, San Nya protège sa peau avec une nouvelle couche de thanaka. Encore une habitude typiquement birmane, qu'on remarque quotidiennement sur les visages. Ce cosmétique protège du soleil, rafraichit la peau et la rend douce. Il est fait en râpant l'écorce d'un morceau de bois à thanaka, avec un peu d'eau, sur une pierre circulaire. On l'applique ensuite uniformément sur le visage, parfois tout le corps, et par esthétisme beaucoup de Birmans dessinent des motifs simples sur visage.

Cette fois, Roland a testé !


L'après midi file sur des petits chemins à travers les champs.
L'altitude et les nuages rendent la marche facile, pour une fois il ne fait pas trop chaud.

San Nya nous arrête régulièrement pour nous montrer des plantes, expliquer des choses, ou parler des habitudes des gens d'ici. Elle est bavarde et connait parfaitement la région, décidément on est vraiment bien tombés avec elle ! À chaque personne croisée, elle prend le temps d'échanger quelques mots.


En fin de journée, on fait une dernière pause dans un village.
Le thé a été oublié, à la place on a droit à du vin de riz...
(Goût particulier qu'aucun de nous n'appréciera vraiment.)

Puis on arrive à la maison qui nous accueillera pour la nuit.
La propriétaire est une vieille femme au grand sourire et aux yeux rieurs.
Elle a l'air heureuse de nous voir ici, et nous a préparé des matelas dans une pièce aux sols et murs en bambou ; ça bouge quand on marche, c'est un peu sombre, mais c'est beau et chaleureux.


Après une averse, en allant voir un monastère voisin, on croise des petits moines qui s'amusent avec nos appareils photos.


Et on mange sous les étoiles nuages un repas encore meilleur que celui du déjeuner, en fumant un cheerot offert par la maîtresse de maison (mais j'en parlerais plus en détails une autre fois). La seule chose que je regrette, c'est qu'on ne soit qu'entre étrangers ; les Birmans restent dans la cuisine. Mais en fin de soirée, on est quand même rejoints par San Nya qui nous raconte la vie d'ici à travers ses propres yeux. 


Le deuxième jour, on est deux à se promener aux aurores dans le village ; mais chacun de son côté, puisque Roland s'est levé encore plus tôt que moi. Tout est si calme, ça pousse à la discrétion... n'être qu'observateur silencieux, se faire oublier en marchant au hasard entre les maisons. Et essayer de saisir des moments de vie, appareil photo en main... Mais c'est quelque chose que je maîtrise assez mal, bien plus difficile pour moi que les photos de paysages.


Encore une fois, certains visages sont souriants et d'autres fermés.
Ou les deux à la fois, comme cette gamine qui a acquiescé à ma demande de la photographier, semblant un peu mal à l'aise, puis a sourit quand je lui ai montré le résultat... avant de partir bien vite.

Difficile de trouver sa place.
Étrangère chez des gens qui n'ont rien demandé.
Touriste parmi tant d'autres, qui viennent ici juste pour voir...


À 6h45 tout le monde est levé et attablé devant des pancakes.
À 7h30 on reprend la marche.

Le soleil cogne un peu plus ce matin, et la montée demande d'avantage d'effort que la veille. On transpire un peu, mais ça reste sans grande difficulté. Arrivés au point le plus haut, on suit une route monotone d'où on peut parfois apercevoir le lac Inle, encore si loin.


Après une pause thé, on commence à redescendre.
Les cactus ont envahi le paysage, la terre s'est rougie.
Et la pluie nous surprend.
On s'abrite sous un arbre, on repart...
L'eau dégouline de mes cheveux, la boue colle aux chaussures, les pieds dérapent parfois sur les cailloux ; mais l'averse est légère et ne nous empêche pas de poursuivre notre trek.

Puis on arrive dans une forêt de bambous, on s'y arrête pour déjeuner dans un restaurant.
À peine le repas terminé, la pluie reprend de plus belle.
Ça tombe, ça souffle de plus en plus.
Ça se transforme en tempête. 
On se réfugie dans le minuscule couloir de la baraque aux murs ouverts, assourdis par le bruit de la grêle qui cogne le toit de tôle ; notre guide n'avait jamais vu ça de sa vie. La courant saute, la température chute, les rafales de vent inondent la terrasse... Et on ne peut rien faire d'autre qu'attendre, en se demandant si et comment on pourra partir dans la journée.

Mais il suffit de quelques heures. 
Finalement, le ciel se calme, et on s'en va à pieds en constatant les dégâts.


Les toits de bambou du restaurant ont souffert, mais le patron rit en les voyant.
Des maisons du village voisin se sont écroulées, mais les habitants ont tous le sourire et nous saluent en nous voyant passer.


On suit le cours d'eau les yeux grands ouverts, autant surpris par l'ampleur de la tempête que par le sang froid et la bonne humeur des Birmans.

Notre bateau est presque prêt quand on l'atteint, en train d'être vidé de toute l'eau qui a rempli le fond.


On s'installe sur les chaises, le moteur est mis en marche, et c'est ici que le trek se termine. Plus besoin de marcher, il n'y a qu'à se laisser glisser au fil de l'eau pendant une heure...


Après la traversée du lac, on retrouve nos sacs à l'hôtel qu'on a tous réservé : The Little Inn, un des moins chers de la ville. Et il est vraiment bien (contrairement au moins cher de Kalaw) ; à notre arrivée il y manque juste l'électricité, coupée par la tempête... Mais peu importe, l'eau chaude est stockée, et il ne me faut rien de plus qu'une douche pour être heureuse.
  

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