dimanche 17 mai 2015

Birmanie : Lac Inlé.

Partir en bateau barque sur le lac Inle.
Les oreilles envahies du bruit du moteur.
Les yeux plissés face au vent.

Se laisser porter.
Ouvrir les yeux.


Inlé, à 900m au dessus du niveau de la mer, est le deuxième plus grand lac de Birmanie ; et un des endroits les plus touristiques du pays. En haute saison c'est un défilé de bateaux, il peut y en avoir 500 chaque jour qui promènent les visiteurs sur l'eau calme du lac. 

Là, c'est la basse saison...
Mais on est quand même loin d'être les seuls étrangers.

En arrivant à pieds depuis Kalaw, on a remonté le lac du sud au nord jusque Nyaung Shew, la ville où sont tous les hôtels. Pendant une heure on a pu admirer l'horizon, la végétation flottante, les maisons sur pilotis. De loin, on a observé ces pêcheurs qui font rêver les photographes voyageurs, ramant avec une jambe, en équilibre à l'avant de leur embarcation fragile.
 

On a entraperçu la vie du lac.


Mais on veut en voir un peu plus encore.

En allant à l’embarcadère on peut trouver un bateau en deux minutes, ou cinq si on cherche à négocier un peu les prix. Les conducteurs ont tous la même liste d'endroits à visiter, incluant des pagodes, un monastère, un marché flottant quand on arrive le bon jour, les cultures sur l'eau, les maisons d'artisanat, des ruines de temples...

Bien assis sur les coussins posés sur les chaises en bois, une ombrelle au dessus de la tête pour se protéger du soleil de midi, on n'a qu'à se laisser porter.


Pas de pagodes pour nous (par économie de temps), ni de ruines (on va à Bagan bientôt), ni de jardins flottants (déjà vus la veille). Il reste les ateliers d'artisanat, parsemés dans les villages flottants. Des pancartes annoncent la spécialité : ombrelles, tissage, cigares, bijoux…
   

Le conducteur du bateau nous arrête où il veut, probablement par affinité ou intérêt financier. On visite. Je reste sceptique. Tous ces endroits on plus l'air de showrooms que d'ateliers ; on n'y voit que quelques personnes travailler, comme une mise en scène. L'espace de vente est toujours plus grand que celui de production. On a parfois des explications, plus ou moins expéditives… et parfois rien.

Au premier arrêt, on voit un homme extraire des fibres de lotus qui serviront au tissage ; en repassant quelques minutes plus tard il a disparu, il n'y a plus de touristes à qui faire la démonstration. Plus loin, dans un minuscule atelier d'ombrelles, personne ne nous parle et on n'a qu'à regarder trois personnes travailler silencieusement ; difficile de se sentir à sa place. À côté, dans une boutique de bijoux, on tombe sur des long neck women (en anglais, parce que femmes girafes est une appellation assez horrible) qu'on aurait préféré ne pas voir (surtout la petite d'une dizaine d'années) ; c'est comme si elles étaient là en exposition, pour attirer les touristes en quête d'authenticité… mais ça n'a plus rien d'authentique, ici ! Malaise du tourisme voyeur...

Il y a aussi une entreprise familiale de bijoux et objets en argent, où on est accueilli amicalement par un gars qui nous appelle sister et brother et nous apprend quelques choses. Et cette fabrique de cheroots, où une dame sympathique nous explique la fabrication de ces fameux cigares (que la vieille dame nous avait offert pendant le trek). Traditionnellement préparés par des femmes, ils sont fait d'un mélange de tabac, tamarin, sucre brun, vin de riz et banane, le tout enroulé dans une feuille de cheroot avec un filtre en feuille d'épis de maïs. Dans une version plus sucrée, du miel et des fleurs d'ananas sont ajoutées.


La pluie nous surprend entre les visites.

On part du dernier village sous une éclaircie, mais on rattrape trop vite les nuages sur le lac. Ni le tonnerre ni les éclairs ne semblent déranger notre conducteur ; alors on poursuit. La traversée de retour me parait interminable, recroquevillée sous l'ombrelle pour éviter d'être complètement trempée.

(Mais c'est beau aussi, aux couleurs de l'orage...)


Ce sera tout pour le lac.
Pas de vélo pour nous, pas de balade aux alentours...
Le ciel reste gris, et on court après le temps.

...
À 19h30 on monte dans un bus pour Mandalay.

4 commentaires:

  1. Ah on sent bien ta déception, pour ne pas dire ton dégoût, d'avoir été dans ces pièges à touristes... je suppose que c'est pour cette raison qu'on ne voit que la "dame aux cigares" ?!
    Vite... une autre page pour effacer celle-ci :))

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    1. On pouvait pourtant s'y attendre, je savais à l'avance que ce serait une sortie assez touristique... peut-être pas à ce point là, ou différemment... C'était quand même pas complètement négatif hein, belle ballade (à part l'averse), et puis on a fait marcher l'économie locale...

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    2. Je pense que trouver des endroits relativement vierges de tourisme c'est comme trouver une aiguille dans une botte de foin. La vraie couleur locale y perd, c'est vrai mais d'un autre côté comme vous le dites cela fait fonctionner l'économie locale et puis...pourquoi tout le monde n'aurait-il pas le droit de voir de jolies choses même si l'authenticité y perd? Nous non plus nous ne vivons plus comme en 1900.

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    3. Bien sûr tout le monde a le droit de voir de jolies choses, et heureusement !
      Je n'ai rien contre le tourisme "en général", mais c'est une vaste question... Ici, ce qui m'a dérangée est que ces ateliers ont été installés uniquement pour les étrangers, pour une démonstration, avec un intérêt financier bien évident puisque les parties boutiques y sont bien plus importantes que le reste (parties "ateliers"). Tant mieux si certains y trouvent leur compte, mais ce n'était seulement pas mon cas.

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