mercredi 27 mai 2015

Birmanie : Hsipaw et le viaduc de Gokteik.

Les six heures de bus jusque Hsipaw (ou Thipaw selon les écritures, à prononcer Sipo) passent vite, en somnolant. Là-bas on est accueillis par les rabatteurs des grandes guesthouses ; avec Roland on dit non merci, les grosses structures n'ont pas besoin de nous pour vivre et on préfère donner notre argent à ceux qui en ont plus besoin. On évite Mr Charles et Lily, références des backpackers, on choisit Evergreen où on doit être les seuls touristes (et pourtant les chambres sont grandes et climatisées, avec salle de bain, bon wifi, terrasse, et pour 7,50$ chacun le petit déjeuner est compris ; à ce qu'on m'a dit, chez Mr Charles c'est 7$ par personne pour une chambre minuscule sans salle de bain...).

Hsipaw c'est un peu comme Kalaw : une ville où les voyageurs viennent surtout pour faire des treks dans les villages voisins. C'était aussi notre intention, mais le matin du départ Roland est malade et il faut tout annuler. Je pourrais y aller seule, on pourrait repousser au lendemain, mais… une journée file, et l'idée de faire un trek aussi. Après celui d'Inle j'ai gardé une impression mitigée, incapable de séparer l'authentique du touristique. Ici, même conflit. La nature Birmane est belle, mais les sentiers empruntés chaque jour par des dizaines de touristes (on nous dit même des centaines, en haute saison) traversent tous ces villages d'ethnies qui n'ont jamais demandé à voir autant de visiteurs. Certains en profitent, mais d'autres non. Alors finalement, sans arriver à peser le pour et le contre... je préfère m'abstenir.


Mais on n'est quand même pas venus pour rien ici, puisque pour repartir on prend le train...

Si on a toujours préféré les bus jusqu'ici, c'est surtout parce qu'ils n'appartiennent pas au gouvernement (du moins si on choisit les compagnies privées) (j'aime bien savoir à qui je donne mon argent…) ; et parce qu'ils sont bien plus rapides. Mais il y a quand même une portion de voie ferrée qui vaut le coup de lâcher quelques kyats et de ralentir le mouvement : entre Hsipaw et Pyin Oo Lwin.


Ça ne coûte que 1200 kyats (1€) en ordinary class, ou 2700 (2€25) en superior. La différence est ridicule, on pourrait facilement se laisser tenter par un peu de confort... mais autant tenter l'expérience jusqu'au bout, non ? Les bancs en bois des wagons « ordinaires » ne sont pas si terribles, et puis le voyage y est bien plus intéressant.

On y partage des bouts de vie, on croise des regards, on se voit offrir à boire et à manger sans aucune possibilité de refuser, on échange des sourires à défaut de langage commun…

Comment avoir un sourire d'une gamine qui fronce les sourcils et se cache dès que nos regards se croisent ?
La prendre en photo et lui montrer le résultat.
 

Après quelques heures arrive au loin ce qui fait l'attrait du trajet : le viaduc de Gokteik.

La fille assise en face de Roland est encore plus excitée que nous, c'est elle qui l'a vu en premier et nous l'a montré du doigt. On change de place pour avoir la meilleure vue, toutes les têtes passent par les fenêtres ouvertes pour contempler le pont d'acier qui surplombe une gorge de 270m de profondeur (au fond de laquelle sont encore enterrées des mines...).

On peut aussi y voir des gens jouer de la musique, comme ça, l'air de rien...

Puis le paysage redevient une succession de collines, villages et champs.
Le train Birman est lent et contemplatif.

En cette saison on voit beaucoup de feux dans les champs pour préparer la terre à une nouvelle récolte.
Et toujours des signes de la main pour saluer de loin...

Au bout de 7 ou 8 heures (j'ai perdu le compte), on arrive en gare, on descend sous les regards.

Si on traîne un peu, on vient nous voir pour nous demander où on va, si on veut un taxi ou une diligence (parce qu'à Pyin Oo Lwin les chevaux servent encore à promener les gens)… ou juste pour discuter. Il y a cette femme avec un bébé dans les bras qui m'interpelle d'un bye bye sister ! (bye bye ici veut dire autant bonjour qu'au revoir, un peu comme "salut"). Il y a les sourires, toujours. Et quelques regards insistants des militaires… On file.

4 commentaires:

  1. Belles photos, belles rencontres, belles valeurs qui font que, forcément, tu es déçue et écoeurée partout où le tourisme fait des ravages...
    Et la fatigue accumulée accentue encore ta vision des choses...
    Essaie de ne voir que le positif... :)

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    1. Je sais pas s'il fait des ravages ici, le tourisme... il est encore tellement récent que le problème c'est plutôt d'arriver à savoir s'il en fera à l'avenir, si en y participant je ne fais pas qu'accélérer les choses (à ma toute petit échelle).

      Mais, oui, il y a quand même énormément de positif dans tout ça !

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    2. Ah oui, ok, ta démarche est encore plus profonde alors... belles valeurs ma fille, fière de toi !

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