lundi 12 janvier 2015

Russie - (Mongolie) - Chine

Rien n'était programmé après le lac Baïkal, j'avais une vague idée de la route à suivre mais aucun détail. Évidemment on aurait pu reprendre un train (le transmongolien) pour arriver en Chine ; ç'aurait été trop simple ! Il y avait beaucoup moins cher, plus incertain, plus long, et puis plus drôle aussi...

   
D'abord, un minivan d'Olkhon à Irkutsk : sept heures de secousses sur des routes de terre. Puis un après-midi d'attente à la gare, après avoir réussi à prendre des billets de train sur une borne automatique (avec l'aide d'une dame, et avec les infos notées en cyrillique par une employée de chez Nikita). Et un trajet d'une nuit, en troisième classe encore, qui nous rend nostalgiques de l'autre train.

Arrivées avant l'aube à Ulan-Ude, on y reste trois jours en couchsurfing, chez Aiuna, une bouriate de notre age. C'est juste ce dont on avait besoin : une parenthèse dans le mouvement constant, une pause pour penser à la suite, un point d'ancrage dans une ville où la communication est difficile... et ça fait du bien d'avoir enfin quelqu'un d'anglophone avec qui parler, échanger, partager !

Pour repartir on choisit le bus, bien moins cher que le train : 1300 roubles par personne (18€). Aiuna nous aide à acheter les billets à la gare routière, et un matin à 7h30 on lui dit au revoir en même temps qu'à la Russie. Rien à signaler à la frontière : des contrôles de passeport, la carte d'immigration à rendre aux froides administrations russes, un formulaire (distribué dans le bus) à remplir pour l'entrée en Mongolie, désordonnée mais chaleureuse. On change les roubles en tughriks, et on repart. Peu après il y a un arrêt déjeuner dans un restaurant pas cher, où on ne parvient à déchiffrer le menu qu'avec l'aide d'une dame (qui nous a sans doute vues hésiter longuement) ; elle nous apprend ensuite quelques bases de langue mongole, dont on ne retiendra que "bonjour" grâce à un moyen mnémotechnique trouvé par Aurélie : sènnbéna = saint-bernard (avec une prononciation très approximative).


La steppe s'étire derrière les vitres sales du bus, l'ocre de l'herbe sèche contraste sur la neige bleutée au soleil couchant, le ciel s'embrase sur les montagnes au loin... et les yeux se ferment, lourds de sommeil. Mais brusquement la ville est là, ça klaxonne, ça double, ça freine brusquement, ça se faufile, ça bouchonne. 20h, on est assaillies par les chauffeurs de taxi en descendant du bus ; on réalise qu'on ne sait même pas comment dire "non" en mongole...

  
Ulaanbaatar est la capitale la plus froide et la plus polluée du monde : ça se voit au brouillard qui l'entoure, ça se sent à l'odeur de charbon, surtout la nuit où le chauffage est au maximum, ça pique les yeux et le nez, ça coupe l'envie de rester plus longtemps. On aurait aimé sortir de la ville et voir le pays, mais en cette saison c'est difficile et/ou très cher. Alors deux nuits c'est assez, on s'en va.
 
  
Là encore, le train direct pour Pékin est trop facile et surtout trop cher. On en prend un pour la ville frontalière, dans un wagon couchette qui ressemble à ceux de Russie. Ou presque : six places sont vendues pour quatre couchettes, deux correspondant à l'étage des bagages où il est impossible de s'allonger ; celles du bas sont donc partagées (mais il me semble que les dernières ne sont vendues qu'à des gens qui ne passent pas la nuit dans le train). Alors ça rapproche, oui, mais nos voisins veulent jouer aux cartes, à un jeu particulier que les russes avaient déjà tenté de nous apprendre en vain ; après une seule partie on nous fait comprendre qu'on doit laisser la place à ceux qui savent jouer. On n'a plus qu'à grimper et somnoler sur nos couchettes dures qui n'ont ni matelas, ni draps, même pas de barrière pour nous retenir en cas de chute. Décidément, ce premier train nous manque.

7h20, à Zamyn-Uud : à peine réveillées, aussitôt entourées de chauffeurs de taxi et de jeep. Ils disent 15$ pour traverser la frontière et arriver à Erlian, côté Chine, on sait que ça devrait être 5€ avec négociation et que là-bas on pourrait prendre un bus pour Pékin. Mais on a trouvé plus simple en fouillant sur internet : un bus violet ou est écrit "Xex Xot" (= Hohhot, ville de mongolie intérieure). Facile à trouver. Peut-être que le prix y a été gonflé pour nous, seules passagères occidentales... impossible de communiquer avec qui que ce soit, personne ne parle anglais, tout le monde crie et se pousse ; et puis, tant pis, dans la cohue et l'agitation on paye chacune les 40000 tughriks (18€) tout juste retirés du distributeur, en étant déjà contentes d'avoir une place.

Le passage de la frontière mongole est chaotique, avec 1000 tughriks à payer comme droit de passage (...) du côté chinois, c'est ordonné et moqueur. Juste après, à la première ville, il y a un arrêt où on arrive à comprendre avec peine qu'on doit quitter le bus pour qu'il soit nettoyé. En remontant, le nouveau chauffeur demande (je suppose) nos tickets, mais on n'en a jamais eu... d'autres passagers s'en mêlent et lui expliquent (sans doute) qu'on est montées avec eux.

Dans le bus les gens nous prennent en photo (sans rien demander) et nous observent ; voilà, on ne peut définitivement plus passer inaperçues. Les bords de routes sont sales, les déchets sont partout, jusque dans les allées du bus, les gens sont bruyants, la route est désertique ; l'arrivée en Chine est brutale... trop ?

Totalement déconnectée, pas assez de sommeil.

Inutile de lutter... les yeux se ferment.

2 commentaires:

  1. Quel beau récit... de l'humour, de l'émotion, de la nostalgie (déjà)... pour "l'autre train", des découvertes, de la chaleur humaine, de belles rencontres... merci pour tout ça...
    Vivement la suite !

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    1. Merci :)
      La suite est longue à rattraper... ça passe vite tout ça !

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