mercredi 21 janvier 2015

Laos... où le voyage prend une nouvelle dimension.

Le petit bus parti de Chine arrive au Laos.
La route devient piste, bordée d'habitations instables.
Des toits de tôle, des murs en carton, des constructions en bambou...
De la boue partout, après les averses des derniers jours.
L'odeur d'une pluie d'été.
Des poules et des cochons, des chiens, des gens qui marchent ou travaillent...
Une végétation luxuriante, partout, des montagnes et de la jungle.

Stop, Luang Namtha.

La route principale est bourrée d'échoppes touristiques, guesthouses et bureaux d’excursions.
Pleine, aussi, de touristes en habits de trekking.
On descend là, et on s'éloigne.
  

Une nuit de couchsurfing chez un Allemand, installé là depuis un an.
Un feu de camp en bas de chez lui, avec une Russe, une Ukrainienne et un Américain.
Une guitare, des histoires de voyages...
Belle soirée autour des flammes, oubliant la grisaille du ciel.

Et le matin, on repart.


Un autre bus, pour parcourir à peine 300 kilomètres.
Oui mais au Laos, ça fait un trajet de neuf heures...

Des routes de terre où les averses récentes ont fait des dégâts, sur des pentes où on n'avance même pas à 30km/h.
Des cris à l'arrière, plus de surprise que de mal quand on passe sur des bosses.

Une vue magnifique par la fenêtre... C'est si vert, partout, plein d'arbres, la jungle, les montagnes...

Il n'y a presque que des touristes dans le bus.
Des français, l'Américain d'hier...

À la pause déjeuner, dans une rue pleine de stands, on réalise qu'on n'a que 2000 kips : 20 centimes d'euros ; et les yuans qui nous restent ne nous sont plus très utiles. Après ces quelques semaines de voyage, on n'accorde plus la même importance à certaines choses. On a oublié de prévoir de l'argent ? Tant pis, on attendra ce soir.


Luang Prabang, 19h.
Pas d'argent, donc.
On est loin du centre, il faut prendre un tuk tuk...
On fait comment ?
Pas de problème, bien sur que le conducteur connait le mot "ATM" (distributeur) et veut bien nous y arrêter avant de nous emmener à la guesthouse demandée...

  
Les sacs posés, on se dirige vers le marché de nuit.
Plein de gens.
Plein de touristes.
Trop.
Je ne m'attendais pas à ça, pas à ce point...
Mais ce n'est pas tant le nombre qui me gêne...
Plutôt l'ambiance, le regard de certains Laos et le mépris ou une sorte d'indifférence de certains occidentaux. Des mots, des gestes, des choses qui ne se décrivent pas, mais se ressentent. Cette impression que la ville s'est faite envahir, que les gens d'ici n'ont rien demandé et sont contraints de s'adapter, pas le choix, il faut faire avec...

J'ai envie de partir d'ici au plus vite.
Et si la Thailande c'est pareil ?
Il faudra fuir les villes...
 

Le lendemain, on marche dans les rues pleines.
Toujours la même gêne.
Un écœurement.

En fin de journée on va à l'Utopia, un bar dont on nous a beaucoup parlé (et qui doit sa fréquentation au bouche à oreille, loin des rues animées du centre, au bord de la rivière Nam Khan). Ambiance chaleureuse et détendue, lumières tamisées, des matelas sur le sol et des tables basses, un jardin plein d'arbres, du sable... On y retrouve l'Américain de Luang Namtha accompagné d'autres voyageurs, on partage quelques Lao Beer en discutant au hasard des allées et venues.

Le bar ferme à 23h30, suivant le couvre-feu national, mais des tuk-tuks attendent à la sortie et disent tous "bowling, tuk tuk bowling alley", ils savent que c'est là que les soirées continuent... Nous on l'apprend, on n'est pas très emballées mais on suit le mouvement, curieuses. 15 minutes de trajet, et on arrive dans cet endroit hors du temps ; on pourrait bien ne plus se croire au Laos, il n'y a que des étrangers ici. Des murs blancs, aucune décoration, des chaises en plastique, un bar et des allées de bowling. On se prête au jeu, c'est facile de jouer les touristes sans réfléchir...

  
Les deux nuits prévues sont doublées.
Étirer le temps pour souffler un peu, casser le rythme, observer, accepter...
Comprendre avant de juger.
(Et se remettre d'une légère indigestion...)

On ne suit pas une liste de lieux à visiter.
On se promène, un peu au hasard.
Un matin où Aurélie est malade, je rejoins le groupe rencontré au bar pour une virée à moto.
On les retrouve tous les soirs.
On retourne au marché quand il y a moins de monde.
On profite du soleil.
On laisse filer le temps...

  
Ma gêne du premier soir se transforme à mesure que j'accepte l'idée de faire partie de cet ensemble. Inévitable, du simple fait qu'on est ici. Mais rien n'oblige à fermer les yeux... On peut toujours traverser les ponts en bambou de la rivière Nam Khan, aller voir les artisans de l'autre côté et y acheter des foulards qui ont bien plus de valeur que ceux des marchés. On peut toujours choisir à qui on donne notre argent, acheter un bracelet ici plutôt que là-bas juste parce que le contact se fait avec cette dame, on peut toujours mettre un point d'honneur à dire Sabaïdii plutôt qu'hello (ou pire, bonjour), on peut toujours sourire aux gens croisés, on peut toujours faire attention à ne pas choquer des mœurs différentes des nôtres, on peut toujours respecter les gens chez qui on passe, ceux qui n'ont rien demandé, ceux qui ne peuvent que s'adapter en tentant de profiter comme ils le peuvent de la fréquentation grandissante de leur ville.

C'est peu, mais ça semble si essentiel.
(Et ça parait si souvent oublié.)

Après quatre jours, il est temps de reprendre la route.
Quitter la ville pour aller chercher le calme sur le Mékong.
     

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire