mercredi 9 novembre 2016

Canaries /3 : La Palma, le coeur.

Cinq heures de traversée, c'est beaucoup de temps vide propice à la contemplation et l'introspection. Difficile alors de taire les interrogations, difficile de ne pas voir une pointe d'angoisse en sachant que je n'ai rien prévu pour dormir. Mais je me force à fermer les yeux. S'il n'y a, à l'arrivée, ni toit ni endroit où poser ma tente, je n'aurai qu'à somnoler inconfortablement quelques heures, n'importe où... ça ne serait pas bien grave. S'inquiéter avant l'heure ne sert à rien. Pour le moment je suis sur l'eau, pour le moment tout va bien.


Le ferry devait arriver à 23h mais, la faute aux marées, on ne débarque finalement qu'une heure plus tard. "On", à part les voitures, c'est une quinzaine de piétons seulement. Très vite se distinguent à mes yeux deux passagers, dont les sacs à dos laissent supposer d'une façon de voyager similaire à la mienne. Alors qu'on marche dans la même direction, je profite d'un feu rouge pour interpeller la petite brune :  
"- Sorry, do you speak english ?
- Hem, yes, but I think we can speak french..."
Mon accent m'a trahie. S. est française, B. est belge et, puisqu'ils ne savent pas non plus où dormir, la recherche se poursuit à trois dans un accord tacite et naturel. J'avais de très vagues indications d'un endroit-refuge, une maison squattée et une grotte au dessus, habitée autrefois par un argentin accueillant. Si j'avais été seule, j'aurais probablement abandonné rapidement les recherches ; mais la nuit est bien moins sombre avec la présence rassurante du couple francophone. Après quelques errances nous voilà devant la casa loca, comme les gens d'ici l'appellent. Des aboiements nous font hésiter, puis un Hello se fait entendre au loin, on aperçoit une lumière sur la falaise... et quelques minutes plus tard G. nous tend la main. Celui qui nous guide vers sa grotte est bien cet argentin dont un ami m'avait parlé, aussi chaleureux que dans sa description. Alors que les discutions s'étirent dans la nuit, la scène me semble surréaliste... Tout s'est enchaîné si vite ! En fermant les yeux sur le tapis épais de la grotte, j'ai l'impression que le voyage prend une toute nouvelle dimension.
 

jeudi 27 octobre 2016

Canaries /2 : La Gomera, les pieds.

Cette île-là porte sur ses reliefs toutes mes envies de nature et de voyage improvisé. Tout ce que je sais d'elle se résume en quelques annotations griffonnées sur une carte qu'on m'a donnée, je l'imagine un peu solitaire et authentique, j'en espère beaucoup sans vraiment savoir à quoi m'attendre. Après Tenerife (mais surtout après la ville pas vraiment du tout à mon goût de Los Cristianos), aller m'enfoncer dans la forêt au cœur de l'île me semble être la plus belle des idées. 


En débarquant du ferry à 18h, mes yeux piquent et mes pieds trainent ; dormir pendant la traversée n'a fait qu'intensifier la fatigue. Les montagnes arides qui encerclent San Sebastian de la Gomera m'apparaissent démesurément infranchissables et annihilent toute envie de pousser plus loin ce jour-là. Où passer la nuit, alors... ? À l'office de tourisme on m'indique les trois hôtels les moins chers de la ville ; dans le premier une nuit coûte 20€, dans le second je tombe sur Francesco, qui accepte de me donner une petite chambre sur le toit pour 10€ (au lieu de 18) à condition que j'y change moi-même les draps. Il n'en faut pas plus pour dessiner un grand sourire sur mon visage épuisé, et retrouver l'énergie d'aller crapahuter sur les hauteur de la ville.

C'est fou comme l'impression de luxe peut dépendre des circonstances.
Pensez-y...
Luxe : ce qui ne fait pas partie du nécessaire, de l'indispensable ; ce qu'on se permet de manière exceptionnelle.
Ce soir, il n'en faut pas plus qu'une pièce de 8m² et la douche à l'étage inférieur.

mercredi 28 septembre 2016

Canaries /1 : Tenerife, la tête.

Ça commence à Paris.

Réveillée en sursaut par l'amie qui m'héberge, faute de n'avoir pas entendu mon réveil, faute d'avoir un peu trop pleinement profité de la dernière soirée française, je n'ai que le temps d'un café et d'un au revoir avant de filer sans me retourner. Tant mieux ; la précipitation et le brouillard enveloppant ma tête empêchent les réflexions et ne laissent aucune place à l'appréhension ; tout ce qui compte, là, maintenant, c'est d'arriver à l'aéroport, monter dans l'avion réservé sur un coup de tête à peine une semaine plus tôt, fermer les yeux pour attraper au vol quelques heures de sommeil supplémentaires...

... et me laisser bercer jusqu'aux îles du printemps éternel.


J'avais écrit le pourquoi du comment j'avais décidé ce nouveau voyage. Il y a des moments, comme ça, où une idée vous vient en tête et n'en part plus pour peu que vous lui prêtiez ne serait-ce qu'une minime attention ; si vous l'écoutez attentivement elle se met à grandir, de plus en plus, de la tête elle passe au ventre en le chatouillant doucement, agréablement si vous ne résistez pas, et puis elle remplit votre cœur en le faisant battre de plus en plus fort. Vous pourriez trouver des tas d'arguments pour ne pas la suivre, elle peut sembler déraisonnable, irréfléchie, illogique... Mais, au fond... L'est-elle vraiment ? Et si, derrière tous ces mots qui vous poussent à taire cette idée, il n'y avait que la peur (du changement, de l'inconnu, de la nouveauté, de sortir des cases, des normes, des habitudes)...?

Cette fois encore, j'ai fermé les yeux sur toutes les pensées qui fixent les pieds au sol.
Et cette fois encore, j'ai constaté qu'écouter la petite voix qui me tire vers l'ailleurs s'est avéré être exactement... parfait.