lundi 12 juin 2017

Un jour à la fois.

Ce matin la pluie est revenue après trois jours d'accalmie. Tout le monde dort encore dans le barn, le soleil n'a pas encore pointé le bout de ses rayons derrière l'horizon. À la lumière de nos lampes frontales, après avoir griffonné en silence quelques mots d'amour sur le grand tableau blanc, on part sans vraiment réaliser. J'avais peur de retourner dans le monde extérieur, peur de la confrontation avec un univers froid et indifférent après deux mois dans une communauté pleine de bienveillance, peur de refermer par réflexe protecteur tout ce que j'avais ouvert en moi, peur d'oublier trop vite les belles choses que j'avais commencé à apprendre. Mais en partant avec Marc et L., la bulle s'étire sans éclater.

À trois, l'équilibre est parfait...
À trois, tout est possible...

En descendant du bus local à Osorno, Marc sourit, et avec L. on accuse le coup ; nos pensées n'ont cessé de virevolter pendant les deux heures de trajet. Ma mélancolie a accompagné le levé du soleil à travers les vitres sales, me tirant en arrière. Les questions ont envahi l'esprit de L., tiré vers l'avant. Un peu plus tard les rôles s'inversent, et les doutes de Marc trouvent un réconfort dans nos paroles. Alors on sourit tous les trois en montant dans un autre bus, sans vouloir penser à hier ou à demain. À Temuco, on apprend que le marché traditionnel qui avait donné envie à L. de faire escale ici n'existe plus ; il a brûlé il y a plus d'un an. Tant pis... On profite au moins du confort d'un petit hôtel avec une grande terrasse. On y prend l'apéro, avant d'aller manger dans un restaurant conseillé par un chauffeur de taxi. La nuit est belle et enivrante. Nos trois sourires cachent de l'espoir et des doutes ; au moment présent, si on oublie tout le reste, tout est parfait. Le temps s'étire un jour de plus, comme si aucun de nous ne voulait voir le soir arriver. Les câlins à trois sont lourds de mots qui n'ont pas besoins d'être prononcés. Mais on n'y peut rien. La réalité nous attrape, sur le quai du terminal de bus, quand on s'enlace en fermant les yeux pour mieux ressentir. Le sourire de L. est forcé, celui de Marc est à l'envers, et le mien s'ancre résolument et aveuglément dans le présent.

mardi 23 mai 2017

Une bulle au coeur du monde //3

C'était une envie qui traînait depuis des mois, un besoin un peu flou repoussé faute de temps, faute d'opportunité... Ici j'ai trouvé l'endroit et les conditions parfaites. Dans la forêt, à des kilomètres de toute présence humaine, sauf un israélien aussi calme et discret que disponible en cas de problème, on m'a prêté une tente, un peu plus confortable que la mienne, minimaliste, j'ai pris de quoi manger pour quatre jours, et j'ai délaissé les distractions.

La solitude ne m'effraie pas, au contraire, elle est un refuge ressourçant quand l'énergie me manque, un isolement volontaire nécessaire pour apprécier pleinement la vie en communauté.

Dès les premières heures je réalise combien ma fatigue était grande. Il y a beaucoup de sommeil, de la méditation, des pensées qui vagabondent, des promenades dans la forêt, lentement, le regard accrochant beaucoup plus de détails que d'habitude, de l'immobilité imposée par la pluie, des repas préparés et mangés avec beaucoup d'attention... Je ne m'ennuie pas, il n'y a en moi que de la sérénité. C'est un cadeau offert à moi-même, une pause pour m'écouter et prendre soin du corps comme de l'esprit. Le temps se distend, se tord, au rythme du soleil et de l'obscurité imposée par l'approche de l'hiver et la dense forêt qui entoure mon campement.


Trois jours sont passés si vite...
Tout est parfait.
J'aurais pu rester plus longtemps, mais c'était suffisamment bénéfique et maintenant j'ai envie de retrouver les gens. En retournant au barn, un sourire serein collé aux lèvres, je ressens encore ce sentiment d'amour inconditionnel pour tout, pour tous. En rentrant, je salue les quelques personnes présentes en les prenant dans mes bras. On me donne les dernières nouvelles, on me dit que quatre personnes sont parties ce matin, c'est un petit coup au cœur. À l'heure du déjeuner le groupe grossit, ça parle un peu dans tous les sens, ça remue, ça grouille... Ma tête s'embrouille. C'est trop !

samedi 20 mai 2017

Une bulle au coeur du monde //2

Ça ne fait que 10 jours...
J'ai l'impression d'avoir plongé dans un tourbillon en arrivant ici.
Même si l'eau s'est un peu calmée, je sens les vagues revenir.
   
"J'ai tellement appris en quinze jours, tellement progressé !", me disait-Marc avant de m'emmener ici… À lire le sharing book où sont griffonnés les témoignages d'anciens volontaires, il semble que tous aient vécu une expérience aussi inattendue qu'intensément enrichissante. Et moi, toujours ouverte aux occasions d'apprendre, de comprendre, de m'enrichir intérieurement, je vois se dessiner sous mes yeux une porte grande ouverte. Il n'y a qu'à la franchir...


Ici, les cœurs s'ouvrent aux rythmes aléatoires de personnes plus ou moins préparées. On partage bien plus facilement les sentiments et l'intimité qu'au dehors. Quand on demande how are you ?, on veut vraiment savoir. La bienveillance est naturelle. Il y a toujours une oreille prête à écouter, des bras prêts à enlacer, des voix prêtes à exprimer, et des sourires qui n'ont besoin d'aucune raison. J'y prend goût. Tellement vite... Je désapprend chaque jour les habitudes d'une vie, les peurs, les retenues.