vendredi 25 mai 2018

Des Andes au Pacifique.

En retournant dans la maison de Lamay, c'est comme si je bouclais une étape, ouverte 8 mois plus tôt en y mettant les pieds pour la première fois. Une semaine m'a semblé bien trop courte. J'ai eu le temps de constater encore l'évolution en moi, comme un allègement, une libération, une révélation ?... J'ai bien senti, à nouveau, le plaisir d'aider, l'importance que ça a pour mon propre bien-être. J'ai bien compris combien je peux être sensible à l'environnement qui m'entoure, à quel point il influence mon bonheur ; le lieu, les gens, les échanges, les résonances... J'ai bien vu tout ça. J'ai aimé. J'ai souri à pleine dents, j'ai ri la bouche grande ouverte. J'ai observé, profité, me suis plongée dans l'instant sans aucun regard pour hier ou demain.

Et puis on est partis.


Il fallait bien que ce moment arrive.
"I will come back !"
...
Qui peut le savoir ? Mais ces mots sortant de ma bouche sont empreints d'une certitude qui semble vouloir défier l'avenir. Comme si les prononcer pouvait les rendre plus vrais, plus sûrs. Quand je le dis, je reviendrais, je le veux, sans aucun doute possible. J'en suis sure, même, faisant taire la petite voix qui souffle que c'est impossible de le savoir. C'est plus facile comme ça. Me persuader que je reviendrais, ça atténue le mal au cœur.

mercredi 16 mai 2018

Des montagnes aux sept couleurs, comme un avant-goût du voyage qui reprend.

Les retrouvailles avec Pierre se sont suivies d'heures de discussion. 
Pour rattraper le temps passé d'abord, puis pour préparer la suite... 
De la petite maison solitaire, on est allés à Pisac.
Le temps s'est accéléré.
L'itinéraire s'est dessiné.
J'ai retrouvé un élan de motivation à voir du pays, à visiter des endroits...
Il m'a parlé des montagnes arc-en-ciel, peut-être la seconde plus grande attraction de la région de Cusco.
(La première étant le Macchu Picchu.
Que je n'ai pas vu, non, et sans regrets.)
Après quelques recherches, j'ai vu la possibilité d'y aller sans se perdre dans une foule...

Alors on est partis.


La montagne Vinicunca est celle qui apparait sur toutes les cartes postales & photos plus ou moins réalistes, parfois saturées à outrance pour faire ressortir ses couleurs. Les guides péruviens n'ont découvert son potentiel touristique qu'il y a deux ou trois ans, et elle voit maintenant passer des milliers de visiteurs quotidiennement. On n'ira pas la voir, lui préférant sa petite sœur : Palccoyo. Rares sont les agences qui proposent l'alternative, et il nous faut payer un peu (beaucoup) plus cher que les tours organisés qui partent en masse sur "LA" rainbow mountain et se succèdent ou se mélangent sans grande considération pour leurs clients. Le luxe de ne pas faire comme tout le monde se paie (et ç'aurait pu être en temps, si on avait voulu se débrouiller sans guide). Mais tant pis. Ou tant mieux ? L'échange est humain, on n'est pas pris pour des moutons ou des pigeons, la compagnie est locale et intimiste, les explications sont réalistes, honnêtes...

Le choix ne fait aucun doute, ni dans la tête ni dans le cœur.


lundi 14 mai 2018

Retour dans la vallée.

Cusco ne m'a jamais semblée si belle. Après une nouvelle nuit de bus, elle m'accueille comme une vieille amie ; une de celles avec qui la relation est parfois tendue, mais confortablement rassurante. Je connais la ville, et je connais une de ses résidentes temporaires : Randi, rencontrée il y a trois mois, est restée ici depuis et me retrouve avec des yeux pétillants et un sourire immense. On n'a qu'une semaine à partager avant qu'elle ne poursuive finalement sa route ; c'est assez pour rattraper le temps passé et nouer le lien un peu plus fort, et en même temps trop court. [C'est toujours trop court.] J'avais oublié la sensation de vide laissé par une absence que je n'ai pas choisie. La dernière fois, c'était il y a six mois... Et je fais la même chose qu'alors, je quitte la ville qui me semble soudain trop grande, et pars pour le village plus communautaire de Pisac. Là, aussi, les repères connus sont un confort agréable. Pourtant je ne reviens pas tout à fait en arrière. Je troque la chambre habituelle d'une guesthouse centrale pour un espace plus grand, plus aéré, un peu plus loin. Je revois des connaissances, j'observe des détails et confirme avec étonnement l'ancrage de l'évolution en moi. La vie me semble plus facile qu'avant, je me sens plus légère, j'ai bien plus d'énergie et suis bien plus ouverte aux autres, naturellement. Il me semble flotter sur un courant plein d'étranges coïncidences, comme si la vie me poussait de l'avant en m'encourageant à ne pas arrêter une progression inespérée. Des détails. Des signes. De l'instinct. Des turbulences. Des leçons. La vallée sacrée exerce de nouveau son pouvoir, son intensité... pour le meilleur et pour le pire. Je réalise à quel point mon passage dans la jungle de Pucallpa a ouvert mon coeur, pour le meilleur et pour le pire.


La fatigue s'accumule, les pensées kidnappent mon sommeil.
Mon corps s'enrhume, alors que je n'avais pas été malade depuis plus de sept mois.
La nécessité de prendre du recul s'impose.
Un besoin de calme grandit, un besoin d'air, d'espace, de liberté.
Le cocon de ma chambre devient trop étroit.

L'opportunité parfaite tombe sous mes yeux, et je pars occuper une petite maison de campagne, un peu plus loin dans la vallée, louée au prix de la chambre que je quitte. Le temps s'étire, sans wifi ni eau chaude, le luxe de l'isolement m'offre l'espace de souffler, respirer, mettant entre parenthèse tout ce qui ne m'est pas directement bénéfique. Je déconnecte. Je reconnecte avec moi-même. Écouter. Reconnaître. Intégrer.

Il y avait une chose que je tenais à faire, comme une suite logique, confirmant et affirmant ce passage qu'il me semble avoir (ré)ouvert dans ma gorge avec l'ayahuasca. Même si chaque jour me prouve avec étonnement que le travail avec la plante est déjà ancré en moi, je sais que le temps qui suit les cérémonies est le plus important pour conserver tout ses bénéfices. Je sais que ce n'est qu'un début. Et je sentais qu'il me fallait libérer ma voix... Trouver la bonne personne pour m'y aider n'a pas été difficile, puisqu'elle ne cessait de revenir sur mon chemin. Avec elle, il n'est pas vraiment question de chanter, mais simplement d'utiliser la voix, les vibrations, les tons... dans un but thérapeutique. C'est très informel, en tout petit comité, comme entre amies. Entre les deux séances, dans ma maison solitaire, un bruyant court d'eau m'encourage à pratiquer sans aucune pudeur. Je n'ai jamais autant utilisé mes cordes vocales... Et ça fait tellement de bien !


Dix 10 jours passent, comme ça, dans ce cocon, à prendre soin de moi, à distance du monde extérieur.
Comme avec l'envie de profiter le plus possible d'un temps à durée limitée.
Comme pour honorer l'évolution de ces derniers mois avant de tourner une page.

Le onzième jour, alors que mes yeux commencent à s'ouvrir au levé du jour, la pluie approche.
J'attends.
J'étire un peu le temps, repoussant le moment de partir pour ne pas tremper mes os.
Et puis j'y vais, impatiente.
Un collectivo, puis un deuxième, et un troisième...
Plus d'une heure de route dans l'humidité glaçante des véhicules mal isolés.
À Cusco, le soleil commence à percer et m'encourage à marcher pour me réchauffer.
Mais c'est aussi l'anticipation qui presse mon pas...
Dans un café, attablé à dessiner, un breton roux m'attend.
Après un mois au Brésil, Pierre vient d'arriver au Pérou.
Après sept mois de vie sans repères du passé, je retrouve un visage connu.
Avec deux grands sourires...